Zoom, masques et prières de l’embrasure de la porte : les aumôniers font preuve de créativité pour réconforter les patients pendant la pandémie

Le rabbin Barak Nissim Hetsroni, aumônier à l’Hôpital général juif
Le rabbin Barak Nissim Hetsroni, aumônier à l’Hôpital général juif

Dernièrement, l’un des aumôniers à l’Hôpital général juif a récité une prière sur Zoom pour une patiente mourante, contaminée par la COVID-19. Debout au sein de l’Unité de soins intensifs, devant la femme intubée, il a utilisé l’application de vidéoconférence pour permettre à des douzaines de proches, d’un peu partout au monde, d’assister au rituel.  

« C’était très émouvant pour la famille. Il y a eu beaucoup de larmes », se souvient le rabbin Barak Nissim Hetsroni, aumônier et conseiller spirituel à l’HGJ. « Mais, les membres de la famille ont pu voir leur mère jusqu’à la fin. Elle n’est pas morte seule, elle était entourée de sa famille ».  

Cet événement illustre bien comment les aumôniers du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal ont adapté leurs pratiques pour être en mesure de continuer à réconforter les patients et à leur accorder de l’attention pendant la pandémie du coronavirus.

Normalement, les aumôniers sont une présence rassurante au chevet des patients, que ce soit en touchant doucement la main d’une personne âgée, en tenant compagnie à un autre ou en consolant une famille éprouvée.

Ces gestes ne sont plus possibles. Les aumôniers doivent respecter les règles de distanciation sociale et des protocoles de sécurité rigoureux, et ils ne peuvent pas être présents en personne dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée. En réponse à cette situation, ils font preuve de créativité et trouvent des solutions.  

Le rabbin Hetsroni porte de l’équipement de protection individuelle et reste souvent dans le couloir ou sur le pas de la porte de la chambre des patients pour exercer ses fonctions. Son rôle est plus essentiel que jamais : pour restreindre la propagation du coronavirus, les familles ne sont pas autorisées à rendre visite à un malade, ce qui laisse souvent le rabbin Hetsroni comme leur seul lien avec leur personne chère pendant ses derniers instants.

Dernièrement, il a répondu à une demande urgente d’un membre du personnel de l’HGJ de rendre visite à un homme de 70 ans, sur le point de mourir de la COVID-19. La fille du patient était en Australie et elle souhaitait désespérément que le rabbin vienne au chevet de son père. C’était le premier soir de la Pâque juive, mais le rabbin Hetsroni n’a pas hésité à laisser sa propre famille célébrer sans lui pour se rendre à l’Hôpital afin de réciter une prière finale sur le pas de la porte de la chambre du patient. « J’ai essayé de le réconforter le soir où il est décédé », dit-il.

Le lendemain matin, la fille du patient a téléphoné au rabbin : « Elle m’a dit ‘Je n’aurais jamais pu me pardonner d’avoir laissé mon père mourir seul. Vous m’avez procuré une paix d’esprit et l’avez également donné à ma famille’ ».

Le rabbin Hetsroni aide aussi les patients pendant leur rétablissement. Par exemple, il a apporté à un homme, contaminé par la COVID-19, un cartable de photos de familles et de dessins de ses petits-enfants ainsi que de la matzah pendant la semaine de la Pâque juive. Pour respecter les règles de distanciation sociale, le rabbin est resté assis sur une chaise à la porte de la chambre, mais il s’est acquitté de ses fonctions en réconfortant le patient et en lui offrant un appui spirituel. Cet homme, qui a obtenu son congé de l’Hôpital depuis, pleurait de gratitude. « Je suis certain de lui avoir insufflé des forces », dit le rabbin Hetsroni.

Kosta Theofanos, aumônier au Centre d’hébergement Saint-Andrew
Kosta Theofanos, aumônier au Centre d’hébergement Saint-Andrew

Les aumôniers de certains centres d’hébergement et de soins de longue durée de notre CIUSSS trouvent eux aussi des manières d’appuyer les résidents, tout en gardant leurs distances. Au Centre d’hébergement Saint-Andrew, l’aumônier Kosta Theofanos a rédigé une homélie et une prière qui ont été distribuées aux membres du personnel et peuvent être lues aux résidents à des moments opportuns. Il a aussi commencé à transmettre en direct le service religieux du dimanche, ainsi que des séances hebdomadaires de dialogue « Prendre le thé et bavarder ».

« C’est notre manière d’établir des liens avec ces résidents, de leur faire savoir que nous sommes là pour eux et qu’ils ne sont pas seuls », dit l’aumônier Theofanos. « Nous leur montrons que nous les accompagnons pendant toute la durée de ce parcours et qu’il y a des signes d’espoir ».

Il reconnaît que la séparation physique imposée par le coronavirus a été difficile. « Un aumônier tisse des liens étroits avec les personnes âgées qu’il aime, du début de la relation au dernier au revoir », dit-il. « Ils me manquent terriblement ».

C’est la raison pour laquelle l’aumônier Theofanos a cherché d’autres solutions, en offrant une forme de communication virtuelle aux hommes et aux femmes qu’il a appris à connaître en établissant une relation de soutien et de confiance avec eux. « Il y a d’autres manières d’être présent ».

Le rabbin Michael Wolfe, aumônier au Centre gériatrique Maimonides Donald Berman et au CHSLD juif Donald Berman
Le rabbin Michael Wolff, aumônier au Centre gériatrique Maimonides Donald Berman et au CHSLD juif Donald Berman

Le rabbin Michael Wolff, aumônier et conseiller spirituel au Centre gériatrique Maimonides Donald Berman et au CHSLD juif Donald Berman, parle lui aussi de sa frustration d’être éloigné des résidents. Avant la pandémie, il leur rendait visite régulièrement, bavardait avec ceux qui étaient en santé et s’assurait du bien-être de ceux qui étaient malades.

« J’aimerais être immunisé pour pouvoir circuler librement et être présent », ajoute le rabbin Wolff.

Entre-temps, il a trouvé des manières d’être utile. Il téléphone aux familles une fois par semaine, défend les intérêts des patients et agit comme un lien entre les résidents, les familles et les membres du personnel.  

Persuadé du pouvoir de la prière, il offre également de réciter, à distance, une prière juive de guérison sans être au chevet du patient. « Le lieu où vous vous trouvez n’a pas d’importance si le malade est dans vos pensées spirituellement », explique le rabbin Wolff.