Voir sa meilleure amie du secondaire élue à la Maison-Blanche

La vice-présidente désignée des États-Unis Kamala Harris et Wanda Kagan durant leurs études secondaires à Montréal. Madame Kagan est maintenant agente administrative aux Affaires académiques de notre CIUSSS
La vice-présidente désignée des États-Unis Kamala Harris et Wanda Kagan durant leurs études secondaires à Montréal. Madame Kagan est maintenant agente administrative aux Affaires académiques de notre CIUSSS

Kamala Harris et sa défunte mère ont un lien avec l’Hôpital général juif et notre CIUSSS

Quand Kamala Harris a prononcé son discours de la victoire en tant que vice-présidente désignée des États-Unis ce mois-ci, le monde entier a découvert une pionnière, un modèle et une battante : c’est la première femme et la première femme racisée élue à ce poste.

Wanda Kagan, agente administrative aux Affaires académiques de notre CIUSSS
Wanda Kagan, agente administrative aux Affaires académiques de notre CIUSSS

Pour Wanda Kagan, agente administrative aux Affaires académiques de notre CIUSSS, cet exploit a pris une tournure personnelle : c’est sa meilleure amie du secondaire qui a écrit une page d’histoire.

Mesdames Harris et Kagan ont toutes deux fréquenté la Westmount High School, où elles ont entretenu une étroite amitié de la fin des années 1970 au début des années 1980. Pendant plusieurs mois, elles ont même habité ensemble chez les Harris.

Madame Kagan a eu du mal à croire que son amie s’est hissée jusqu’à l’un des postes les plus influents du monde.

« Je n’arrive toujours pas à le réaliser, ajoute-t-elle. Et j’ai encore des frissons. »

Si elles sont devenues amies, madame Kagan croit que c’est entre autres parce qu’elles sont toutes deux biraciales et qu’elles tentaient de faire leur place. Madame Kagan a un père noir et une mère juive blanche. Le père de madame Harris est jamaïcain et sa défunte mère, Shyamala Gopalan Harris, est née en Inde.

Les deux filles ont fondé ensemble une troupe de danse amateur et siégé aux comités du défilé de mode et du spectacle de leur école. Leur lien a également été renforcé par un lourd secret, qui a seulement été révélé cette année.

En septembre, alors que madame Harris briguait la vice-présidence dans le camp démocrate, elle a publié une vidéo sur Twitter où elle révélait ce qui l’avait poussée à devenir procureure. Au secondaire, elle avait appris que sa meilleure amie était agressée sexuellement par son père. « Si j’ai voulu devenir procureure, c’est beaucoup pour protéger les personnes comme elle », expliquait madame Harris.

Cette amie, c’était madame Kagan.

Elle avait confié à son amie qu’elle était victime de violence sexuelle – perpétrée, en fait, par son beau-père. Madame Harris l’a tout de suite invitée à habiter chez elle avec sa mère et sa sœur, Maya.

Madame Kagan a donc partagé la chambre de la future vice-présidente désignée. Elle garde de bons souvenirs des repas familiaux et de la vie équilibrée dans cette maison victorienne de l’avenue Grosvenor. « Sa mère et sa sœur m’ont accueillie à bras ouverts. Je leur en suis encore tellement reconnaissante », ajoute madame Kagan.

Cette période difficile a en fin de compte eu une influence positive sur le parcours des deux femmes. Madame Harris a offert à son amie un refuge et la stabilité nécessaire pour traverser cette épreuve. Quant à madame Kagan, elle a inspiré le choix de carrière de son amie.

« Je ne savais pas que j’avais eu une influence sur sa vie », explique madame Kagan.

Madame Harris a quitté Montréal pour faire ses études universitaires aux États-Unis, puis elle a entamé la carrière qui allait la mener à la Maison-Blanche. Les deux amies se sont perdues de vue, jusqu’à ce que madame Kagan voit son amie au The Oprah Winfrey Show en 2005. Elle a communiqué avec son bureau et à sa grande surprise, madame Harris l’a rappelée. Les deux ont gardé le contact depuis. Le personnel de campagne de madame Harris a d’ailleurs consulté madame Kagan avant d’aborder la violence sexuelle dont elle a été victime.

La candidate que les électeurs ont appris à connaître pendant la campagne est restée fidèle à l’adolescente qu’elle était. « Son sourire, son rire, sa façon de prendre un bain de foule pendant la campagne pour rigoler avec les enfants – c’est bien elle. C’est la vraie Kamala. »

Cette amitié qui remonte au secondaire n’est pas le seul lien entre la vice-présidente désignée et notre CIUSSS. Madame Harris et sa sœur se sont établies à Montréal parce que leur mère avait choisi, au milieu des années 1970, de mener des recherches sur le cancer du sein à l’Institut Lady Davis de l’Hôpital général juif. En tant que chercheure de laboratoire, Gopalan Harris, Ph. D., a élaboré une méthode d’évaluation des tissus mammaires cancéreux qui est devenue la norme à l’HGJ et dans d’autres hôpitaux.

Le Dr Michael Pollak, maintenant directeur du Centre de prévention du cancer de la famille Stroll à l’HGJ, a travaillé avec la mère de Kamala Harris
Le Dr Michael Pollak, maintenant directeur du Centre de prévention du cancer de la famille Stroll à l’HGJ, a travaillé avec la mère de Kamala Harris

Le Dr Michael Pollak, maintenant directeur du Centre de prévention du cancer de la famille Stroll à l’HGJ et professeur de médecine et d’oncologie à l’Université McGill, a travaillé avec Gopalan Harris. Il la décrit comme une mentore. À l’époque, il fondait en tant qu’oncologue clinicien un laboratoire de recherche sur le rôle des hormones dans la croissance du cancer, ce qui rejoignait les travaux de Gopalan Harris.

« Elle m’a aidé à comprendre les bases du travail en laboratoire, tandis que je lui ai expliqué certains aspects cliniques du cancer du sein », explique le Dr Pollak. Il se souvient d’elle comme d’une chercheure intelligente et déterminée, qui a apporté d’importantes contributions à la compréhension du cancer du sein.

« Les gens aimaient travailler pour elle, pas parce que c’était facile, mais parce qu’elle faisait régner un esprit de collaboration, explique le Dr Pollak. Tout le monde l’appelait Shyamala. »

Comme sa fille, qui a décrit sa mère comme « la personne la plus importante de ma vie », Gopalan Harris a fait tomber des barrières à sa façon.

« C’était une femme forte et indépendante, à une époque où la communauté scientifique comptait peu de femmes. Elle a donc elle aussi brisé un plafond de verre. C’était une pionnière. » Elle incarnait bien l’esprit de diversité et de collaboration qui est devenu la marque de l’Institut, ajoute le Dr Pollak. « Elle a certainement influencé le développement de l’Institut Lady Davis, alors à ses débuts. »

Pour madame Kagan, l’élection de son amie est un événement rempli de promesses et d’espoir.

« Je crois qu’elle changera le monde pour nous tous, pas seulement pour les États-Unis. Je suis très fière – de la connaître, d’avoir influencé une partie de sa vie et de savoir qu’elle a influencé la mienne. »