« Voir, c’est croire! »

Les membres du personnel du Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay participent à l’atelier Camille, Un rendez-vous au-delà du visuel, pendant la Semaine de la canne blanche.
Les membres du personnel du Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay participent à l’atelier Camille, Un rendez-vous au-delà du visuel, pendant la Semaine de la canne blanche.

La Semaine de la canne blanche sensibilise la population à la réalité des personnes atteintes de déficience visuelle déboulonne les mythes

Depuis plus de 100 ans, le site MAB du Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay fournit des services aux enfants et aux adultes ayant une déficience visuelle. Les thérapeutes savent de première main que les services de réadaptation et les aides techniques permettent à leurs clients de fonctionner presque normalement.

Toutefois, certains mythes persistent, la plupart des gens restant convaincus qu’une perte de vision partielle ou complète équivaut à une vie insatisfaisante.

Lancée il y a plus de 70 ans par le Conseil canadien pour les aveugles, la Semaine de la canne blanche se déroule chaque année la première semaine de février pour sensibiliser la population et les employés du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal à la réalité des personnes atteintes de déficience visuelle. Le nom de cet événement évoque la canne blanche striée d’une bande rouge adoptée par les personnes aveugles en Amérique du Nord dans les années 1930 pour aviser les véhicules et les piétons de leur céder la voie.

Le personnel du site MAB du Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay (CRLLM) organise les activités de la Semaine de la canne blanche depuis de nombreuses années. « Nous espérons ainsi souligner que nos clients sont aussi diversifiés, accomplis et capables que les personnes voyantes, explique Natalie Osborne, spécialiste en rééducation visuelle et membre du comité organisateur.

La principale activité de la semaine de 2020 a été l’atelier présenté par les artistes de Camille, Un rendez-vous au-delà du visuel, pièce de théâtre interactive conçue pour le public non voyant et voyant, et la discussion en groupe qui a suivi.

C’est à la demande du personnel du CRLLM, enchanté par Camille, que le comité a invité la dramaturge Audrey-Anne Bouchard, elle-même atteinte de déficience visuelle, à parler du processus de création à la base de sa pièce.

Munis d’un bandeau sur les yeux, les participants ont cheminé dans certains exercices utilisés par les acteurs de la pièce. À l’aide de mouvements, de textures, de danse et de sons, ils ont pu suivre l’histoire en faisant appel aux autres sens que la vue.

La discussion en groupe a porté cette année sur la réalité des parents avec une déficience visuelle. Les clients du CRLLM ayant une déficience visuelle ont parlé de leurs expériences, en soulignant certaines des difficultés qu’ils ont rencontrées et comment ils les ont surmontées. La technologie joue un rôle important pour faciliter leurs tâches quotidiennes, notamment les logiciels de lecture des documents et courriels et les applications mobiles d’agrandissement des textes. Un père a même installé des lumières sur la poussette de ses enfants pour mieux voir la nuit lorsqu’il va les prendre à la garderie.

Les panélistes ont cherché à dissiper les mythes entourant la capacité des parents avec une déficience visuelle à bien s’occuper de leurs enfants. Sandra Cassell, travailleuse sociale au Guichet d’accès des services en déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme et déficience physique, et cliente du LLM, a raconté qu’elle a dû apprendre à cuisiner il y a 18 ans, lorsqu’elle a commencé à perdre la vue. « Hana (Boxerman, spécialiste en rééducation visuelle) est venue chez moi pour m’apprendre à cuisiner. C’est une question que je me suis posée lorsque j’ai commencé à perdre la vue. En serais-je capable? Maintenant, tout le monde semble aimer ma cuisine! Je reçois souvent la famille, à Noël et à Pâques par exemple. Les gens présument que c’est difficile ou impossible, mais pour moi, c’est facile ».

Mme Cassell a encouragé les professionnels de la santé à adapter leurs pratiques et leur approche en fonction des besoins des personnes atteintes de déficience visuelle. Par exemple, pour les femmes enceintes, Mme Cassell propose aux obstétriciens et aux médecins de famille de leur expliquer par divers moyens les étapes de l’accouchement : donner aux femmes un utérus tactile pour qu’elles puissent en palper la forme et comprendre comment il va grossir et se contracter; leur permettre de prendre en main les instruments qui pourraient servir pendant l’accouchement; les guider à travers les installations du centre des naissances pour les mettre à l’aise; et enfin, les diriger vers les consultations post-partum nécessaires.

L’événement de relations publiques de la Semaine de la canne blanche a pris cette année la forme d’un kiosque à la Plaza Pointe-Claire. Les spécialistes en rééducation visuelle, présents avec leur chien-guide, ont notamment apporté des aides techniques pour sensibiliser le public aux défis rencontrés au quotidien par les personnes aveugles et atteintes de déficience visuelle.

Jake Applebaum, spécialiste en rééducation visuelle, s’est joint au comité organisateur de la Semaine de la canne blanche pour contrer les fausses perceptions des personnes atteintes de déficience visuelle. « Je suis relativement nouveau au sein de l’équipe et je tenais à participer à cette tradition de longue date. C’est important pour moi que les clients potentiels comprennent les avantages de la thérapie visuelle ». Selon Iris, cliente du Centre Lethbridge-Layton-Mackay qui a participé à la discussion sur le quotidien des parents avec une déficience visuelle, la perte de vision est une réalité, mais elle ne la définit pas. « Je ne suis pas handicapée du tout, je suis tout simplement moi ».