Utiliser les outils numériques de la télépsychiatrie pour forger des liens émotionnels

Tung Tran (à gauche), directeur du programme de Santé mentale et dépendance du CIUSSS, et le Dr Marc Miresco, directeur des Services externes de psychiatrie pour adultes à l’HGJ
Tung Tran (à gauche), directeur du programme de Santé mentale et dépendance du CIUSSS, et le Dr Marc Miresco, directeur des Services externes de psychiatrie pour adultes à l’HGJ

Le confort de leur domicile aide les clients à s’ouvrir à leur thérapeute

Comparativement à plusieurs autres domaines de la médecine, la psychiatrie pourrait sembler être un domaine improbable pour la télésanté, où les liens peuvent être tissés par le biais d’écrans et de claviers plutôt que dans l’intimité du cabinet médical.

Et pourtant, les consultations à distance se sont implantées et même développées à l’échelle du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal depuis le début de l’isolement, en mars, pendant la pandémie du coronavirus (COVID-19).

« J’ai remarqué que la qualité des séances et, d’une certaine manière, la nature de la relation thérapeutique s’améliorent lorsqu’elles sont virtuelles », dit le Dr Marc Miresco, psychiatre et directeur des Services externes de psychiatrie pour adultes à l’Institut de psychiatrie communautaire et familiale à l’HGJ.

« Initialement plusieurs patients sont quelque peu timides ou réservés à l’idée de s’ouvrir à un professionnel de la santé mentale. Pour ces patients, l’utilisation de leur propre ordinateur dans l’environnement familier de leur domicile offre quelque chose qui leur permet de s’ouvrir plus facilement et de se sentir à l’aise de dévoiler ce qui les préoccupe réellement. »

« Plusieurs patients, particulièrement s’il s’agit d’une nouvelle thérapie, peuvent aussi être nerveux à l’idée d’être peut-être stigmatisés », ajoute Tung Tran, directeur du programme de Santé mentale et dépendance du CIUSSS.

« S’ils se sentent en sécurité à leur domicile, ils sont plus enclins à exprimer leurs pensées et leurs émotions, et plus aptes à parler de qui se passe dans leur vie. »

« La psychiatrie et la santé mentale sont réellement des champs d’activités parfaits et des candidates tout indiquées pour la télésanté », ajoute le Dr Miresco. « Nous sommes l’une, sinon la seule, spécialité de médecine où ne devons pas toucher à nos patients pour les examiner. »

Avant la pandémie de la COVID-19, explique M. Tran, le ministère de la Santé et des Services sociaux rémunéraient rarement les médecins pour le travail effectué à distance à l’aide d’une connexion numérique.

Cependant, quand la menace d’une pandémie planait en février, le gouvernement a changé sa politique et autorisé les paiements aux médecins qui utilisaient la télésanté.

Tran avait déjà commencé à préparer l’ensemble de son équipe du CIUSSS à la transformation numérique imminente. Pour les membres du personnel qui travaillaient de leur domicile, cela exigeait d’avoir accès aux dossiers médicaux électroniques et l’assurance qu’ils pouvaient tous utiliser facilement Zoom et d’autres logiciels.

Nous étions encouragés, de dire le Dr Miresco, par les recherches factuelles menées ailleurs dans le monde « indiquant que les évaluations télépsychiatriques étaient tout aussi efficaces que celles effectuées en personne ».

« Lors de circonstances idéales, il faudrait plusieurs mois, voire un an pour changer les habitudes de travail d’une trentaine de psychiatres et de près de 100 autres professionnels de la santé mentale. Nous avons dû faire cette transition en deux semaines ou moins. »

Pendant ce processus, quatre projets remarquables ont été développés :

  • Des webinaires thérapeutiques, animés par des professionnels, sont diffusés quatre fois par semaine à environ 60 personnes depuis le mois d’avril.
  • Grâce à l’appui de Bell Canada et de la Fondation de l’HGJ, nous avons été en mesure de prêter des iPads aux clients vulnérables en isolement à leur domicile et qui n’ont pas d’ordinateur, de tablette ou de téléphone cellulaire. Les iPads ont permis à ces clients de se connecter à distance à leur équipe de soins.
  • Des mesures particulières devaient être implantées pour protéger la santé des psychiatres septuagénaires et octogénaires qui souhaitaient rester en contact avec leurs patients, malgré leur vulnérabilité à la COVID-19. À cette fin, nous avons donné une tablette à certains patients lors de leur hospitalisation ou de leur arrivée au Département de l’urgence.
  • L’équipe de la Clinique d’accueil des jeunes est passée des séances en personnes à des rencontres sur Zoom. Ces discussions informelles sont animées par des professionnels qui peuvent orienter un participant vers une équipe de traitement, s’il y a lieu.

Dans le même ordre d’idée, le Programme d’intervention en télésanté pour briser l’isolement des personnes âgées a également été lancé pour offrir un appui par le biais de la télésanté aux personnes âgées vulnérables pour qui l’isolement de la pandémie signifiait une augmentation potentielle du stress et de la dépression.

« Nous savons que les personnes âgées sont considérablement plus touchées par cette crise, parce qu’elles présentent un risque de mortalité accru si elles sont contaminées par la COVID-19 », de dire la Dre Blanca Vacaflor, résidente en psychiatrie gériatrique à l’HGJ. « C’est la raison pour laquelle nous avons lancé un essai clinique unique pour aider à réduire leur stress ».

Le programme est dirigé par la Dre Syeda Bukhari, titulaire d’une bourse postdoctorale, et le Dr Soham Rej, psychiatre gériatrique à l’HGJ et chercheur à l’Institut Lady Davis.

Mais, la télépsychiatrie pourra-t-elle maintenir son niveau élevé d’utilité quand la menace immédiate de la pandémie se dissipera? M. Tran dit qu’il en est certain.

« Si les services sont disponibles partout où sont les patients ou les clients, il y a de meilleures chances que plus de personnes se présentent à leur rendez-vous. »

Le Dr Miresco est d’accord. « Je crois que le style classique de la psychiatrie face à face sera toujours présent, et que plusieurs patients et cliniciens le préféreront.

« Mais, la télésanté et la télépsychiatrie sont finalement acceptées comme des options pertinentes qui commencent à faire partie du paysage permanent. »