Un nouveau pays, une main secourable : comment notre CIUSSS aide les demandeuses d’asile enceintes

Annie Léger, une sage-femme auprès du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, mesure la tension artérielle d’une demandeuse d’asile enceinte au YMCA de la rue Tupper, au centre-ville de Montréal, un centre d’hébergement pour demandeurs d’asile.
Annie Léger, une sage-femme auprès du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, mesure la tension artérielle d’une demandeuse d’asile enceinte au YMCA de la rue Tupper, au centre-ville de Montréal, un centre d’hébergement pour demandeurs d’asile.

Maria est arrivée au Canada, effrayée, épuisée et enceinte. Malgré un voyage de plusieurs mois depuis sa Colombie natale, elle n’avait jamais reçu de soins médicaux pour elle-même ni pour son enfant à naître. « J’étais inquiète », dit cette jeune femme de 27 ans.

Cet automne, ses craintes ont été apaisées. En effet, lorsqu’elle est entrée dans une résidence pour demandeurs d’asile du centre-ville, Maria* a été accueillie chaleureusement avec des sourires rassurants de la part d’Annie Léger et de Soheir Ghellai, deux sages-femmes du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Ces professionnelles font partie d’une initiative qui change les choses, mise sur pied par notre CIUSSS afin de permettre aux demandeuses d’asile de recevoir les soins médicaux dont elles ont besoin. Coordonné par le PRAIDA et la Maison de naissance Côte-des-Neiges, le projet tisse des liens avec les nouvelles arrivantes vulnérables qui ont souvent vécu des traumatismes pendant leur voyage périlleux jusqu’au Canada. Grâce à notre CIUSSS, elles peuvent désormais compter sur un accompagnement sûr pendant le parcours qui les mènera à la maternité.  

« Elles doivent composer avec tellement de choses lorsqu’elles arrivent dans ce pays. On est là pour s’assurer qu’elles sont orientées vers le bon endroit dans le système », explique Madame Léger, avant d’ajouter que plusieurs de ces femmes sont seules ou avec leurs autres enfants, et qu’elles ne parlent ni le français ni l’anglais. « J’éprouve beaucoup de compassion à leur égard. Nous voulons leur offrir le plus d’aide possible. »

Le projet, encadré par la Direction des services de première ligne de notre CIUSSS, est issu d’une nécessité. En effet, le Canada a enregistré une affluence de demandeurs d’asile, dont un nombre croissant de femmes enceintes, depuis la réouverture de la frontière avec les États-Unis, il y a un an. Pourtant, plusieurs de ces femmes ne recevaient aucun soin médical jusqu’à ce qu’elles se présentent à un Département de l’urgence, quand le travail avait déjà commencé.  

Notre CIUSSS a élaboré une démarche pour remédier à cette situation. Depuis le mois de mars, les femmes sont en mesure de recevoir une évaluation initiale de la part d’une sage-femme du CIUSSS, avant d’être redirigée vers l’un des neuf hôpitaux de Montréal comportant un centre de naissance, y compris l’Hôpital général juif, pour un suivi médical.

« Ces femmes sont extrêmement vulnérables, donc une prise en charge rapide de leur grossesse peut faire en sorte qu’il y ait une meilleure issue tant pour la mère que pour l’enfant. »

Marie-Eve Boulanger, PRAIDA

Cette entente, élaborée conjointement avec le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec et les hôpitaux de Montréal, favorise non seulement la santé maternelle et infantile, mais elle est aussi bénéfique pour nos partenaires du système des soins de santé.

« Ces femmes sont extrêmement vulnérables, donc une prise en charge rapide de leur grossesse peut faire en sorte qu’il y ait une meilleure issue tant pour la mère que pour l’enfant », dit Marie-Eve Boulanger, coordinatrice du Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile (PRAIDA), qui est supervisé par notre CIUSSS.

« Mais, ce projet a également une incidence sur le système des soins de santé », explique Madame Boulanger. « Il permet d’enlever de la pression sur les Départements de l’urgence montréalais et d’offrir le bon service au bon moment. »

À ce jour, ce projet aide de 50 à 60 femmes par mois, dont la moitié présente une grossesse à risque. Les sages-femmes de la Maison de naissance Côte-des-Neiges du CIUSSS prodiguent des soins dans deux centres d’hébergement montréalais et dans deux hôtels gérés par le gouvernement fédéral où sont hébergés temporairement des demandeurs d’asile. Les sages-femmes consignent les antécédents médicaux des femmes, effectuent un examen physique et écoutent le cœur du fœtus; elles peuvent aussi prescrire une analyse sanguine et une échographie fœtale.

« Elles savent que lorsqu’elles arrivent ici, elles auront déjà un sourire. C’est la première chose dont elles ont besoin—de se sentir en sécurité parce qu’elles ont vécu des choses traumatiques et difficiles. »

Soheir Ghellai, sage-femme

« On est souvent le premier visage dans le système médical qu’elles vont voir », dit Madame Ghellai. « Elles savent que lorsqu’elles arrivent ici, elles auront déjà un sourire. C’est la première chose dont elles ont besoin—de se sentir en sécurité parce qu’elles ont vécu des choses traumatiques et difficiles. »

Des plans sont en cours pour évaluer l’incidence du projet, mais les documents scientifiques ont déjà démontré les avantages pour la santé d’une intervention précoce pendant la grossesse, explique Maëcha Nault, chef des Services de sage-femme au sein de notre CIUSSS. Loin de chez elles, sans mère, sœur ou amie pour les conseiller, les femmes se sentent soutenues par les sages-femmes et les autres fournisseurs de soins concernés par la grossesse, dit-elle.  

Certaines reviennent voir les sages-femmes après avoir accouché, avec leur nourrisson dans les bras. « Elles sont reconnaissantes que nous les ayons aidés », ajoute Madame Nault. « Cela les rassure que nous soyons là pour les accompagner. »

*Le nom de cette personne a été modifié pour protéger son identité.