Rendre la parole aux patients infectés par la COVID-19

Les orthophonistes Milva Venditti (à gauche) et Mélissa Bouchard avec un appareil qui comporte un système spécialisé permettant d’évaluer la capacité d’une personne à avaler en toute sécurité.
Les orthophonistes Milva Venditti (à gauche) et Mélissa Bouchard avec un appareil qui comporte un système spécialisé permettant d’évaluer la capacité d’une personne à avaler en toute sécurité.

Les orthophonistes aident les patients infectés par la COVID-19 après l’intubation

Imaginez que vous gagnez votre bataille contre la COVID-19, mais que vous perdez votre capacité de parler ou d’avaler.

Pendant la crise du coronavirus, certains patients arrivaient à l’Hôpital général juif dans un état de détresse respiratoire tellement aigu qu’une ventilation médicale était nécessaire pour les aider à respirer. Les tubes pouvaient être retirés des voies respiratoires après leur rétablissement, mais ils étaient loin d’être au bout de leurs peines!

En effet, les patients avaient souvent besoin d’aide pour retrouver certaines des fonctions humaines les plus essentielles, comme manger, boire et utiliser leur voix. Et les membres de l’équipe d’orthophonistes à l’HGJ étaient à leur côté pour les soutenir pendant leur parcours vers la guérison.

Milana Schipper, orthophoniste à l’Unité de soins intensifs à l’HGJ, se souvient d’un patient âgé qui avait subi une trachéotomie, une procédure au cours de laquelle un tube est inséré dans la trachée par une ouverture pratiquée à l’avant du cou. Ces patients perdent leur capacité de parler et les orthophonistes les aident à retrouver leur voix grâce à une thérapie intensive et à l’utilisation d’une valve de parole.

Quand cet homme a entendu sa voix pour la première fois depuis plusieurs semaines, ses yeux se sont écarquillés. Puis il a dit « allo, allo », comme s’il testait un vieil instrument. Finalement, il s’est tourné vers sa fille qui était à son chevet, et lui a dit « Je t’aime ».

Ces moments de premières paroles sont décrits comme certains des plus gratifiants du travail d’une orthophoniste.

« C’est extrêmement émouvant », dit Madame Schipper.

Bien que généralement méconnu, le rôle de l’équipe d’orthophonistes a été essentiel dans la réponse de première ligne au coronavirus de notre CIUSSS. Madame Schipper, tout comme ses collègues, a souvent commencé son travail par une communication de base. Il pouvait s’agir de donner aux patients intubés un tableau d’images, par exemple, pour qu’ils puissent exprimer un message simple, comme « j’ai froid ». Dans certains cas, les patients pouvaient seulement communiquer avec leurs yeux.

Pendant que les appareils respiratoires sauvaient des vies, les tubes respiratoires insérés dans la gorge des patients risquaient d’endommager leurs cordes vocales et les muscles environnants, et d’avoir une répercussion sur leur capacité à parler et à avaler. Plus la durée de l’intubation est longue, plus les risques de dommages augmentent.

Retrouver la parole a une incidence considérable sur le rétablissement d’un patient. L’orthophoniste Mélissa Bouchard se souvient d’une femme d’une trentaine d’années qui chantait dans la chorale de son église, et qui, après avoir été placée sous respirateur, voulait désespérément parler de nouveau. 

« Notre voix est notre identité. Elle est unique à chaque personne, autant que notre visage », explique Madame Bouchard. « Quand quelque chose l’altère, c’est comme si nous ne sommes plus nous-mêmes ».

Madame Bouchard a travaillé avec cette patiente et elle s’est exercée avec elle pour l’aider à produire une voix tout en réduisant au minimum la tension exercée sur les cordes vocales. Avant que cette femme quitte l’Hôpital, Madame Bouchard lui a donné d’autres exercices à faire à son domicile en attendant un suivi à la clinique externe de la voix en pathologie orthophonique. « Cette femme sentait qu’elle pouvait faire quelque chose, et qu’elle avait repris le contrôle de la situation », ajoute Madame Bouchard.

Les orthophonistes évaluent également les troubles de la déglutition, connus sous le nom de dysphagie, et ils offrent des stratégies de récupération. L’intubation peut affaiblir les muscles utilisés pour avaler, et les membres de l’équipe aident les patients infectés par la COVID-19 à prendre leurs premières gorgées d’eau ou leurs premières bouchées de nourriture après une période d’intubation prolongée.  

« Nous éprouvons un sentiment merveilleux quand nous pouvons aider une personne à communiquer et à avaler de nouveau et à recommencer à manger par la bouche », dit Gina Mills, chef orthophoniste à l’HGJ. « Ce sont des capacités de base que nous tenons pour acquises jusqu’à ce que nous les perdions ».

Les orthophonistes ont travaillé dans des conditions difficiles, particulièrement pendant la première vague du coronavirus, en 2020. En effet, dans le cadre de leur travail, elles devaient être en contact étroit avec les patients infectés par la COVID-19 pour être en mesure d’évaluer leur capacité à avaler. Elles soignaient également les patients infectés par la COVID-19 qui étaient transférés de l’Hôpital Catherine-Booth à l’HGJ, des patients qui n’auraient autrement pas eu accès à ces interventions spécialisées.  

De plus, les orthophonistes devaient continuer à soigner leurs patients dans toutes les autres unités de soins, et à fournir des services ininterrompus aux patients ambulatoires. Pour une petite équipe de seulement huit personnes, cela signifiait assumer des charges de travail supplémentaires et aller au bout de leurs limites.  

« Au début de la pandémie, nous ne savions pas à quoi nous étions confrontées », de dire Madame Schipper. « C’était difficile, mais nous avons toujours su que nos interventions changeaient les choses ».

Selon Madame Mills, même si les conditions de travail étaient exigeantes, l’équipe a toujours eu une attitude positive. « Les membres de l’équipe se sont vraiment rassemblées et se sont soutenues les unes les autres », ajoute Madame Mills. « Je suis très fière du dévouement et de l’engagement envers l’excellence des soins aux patients dont mon équipe continue de faire preuve pendant cette période difficile ».