Quand le stress de la pandémie mène à la radicalisation

La Dre Cécile Rousseau, responsable de l’Équipe clinique de polarisation du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal
La Dre Cécile Rousseau, responsable de l’Équipe clinique de polarisation du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Une équipe de notre CIUSSS s’attaque au désespoir qui peut susciter un extrémisme violent

Il peut d’agir d’un conjoint qui parle de complot sinistre mondial, d’une étudiante qui crayonne des insignes racistes dans son cahier ou encore d’un jeune qui se joint aux manifestants dans la rue parce qu’il pense que les masques anti COVID-19 sont un complot du gouvernement.

L’Équipe clinique de polarisation du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal s’occupe de ce type de cas.

La clinique évalue et soutien les personnes qui sont sous l’emprise de la radicalisation, et pendant cette période de stress et d’isolement en raison de la pandémie, les services offerts par la clinique sont de plus en plus demandés.

« Alors que la pandémie accentue la souffrance sociale et le désespoir, surtout chez les jeunes, notre équipe joue un rôle plus important que jamais », déclare la Dre Cécile Rousseau, responsable de l’Équipe et professeur en psychiatrie sociale et culturelle à l’université McGill.

La Clinique, située au CLSC de Parc-Extension depuis sa création il y a cinq ans, a reçu un mandate du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec au milieu des années 2010 dans la foulée de l’inquiétude suscitée par la radicalisation de plusieurs étudiants de Montréal qui sont allés jusqu’à quitter la ville pour rejoindre des combattants islamistes à l’étranger.  

Aujourd’hui, toutefois, la clinique reçoit des clients dont la radicalisation découle d’une gamme de forces sociales, politiques ou religieuses. Il peut s’agir de personnes qui ont été recommandées à la clinique par les forces de l’ordre ou par des directeurs d’écoles ou même par des médecins de famille; dans certains cas, elles ont été envoyées à la clinique par un juge après avoir été condamnées pour un crime haineux.

Unique au Québec, la clinique se penche sur le lien entre la radicalisation et la santé mentale. Les psychiatres, travailleurs sociaux et psychologues de l’équipe ne tentent pas de remettre en question les convictions de la personne. Ils essaient plutôt de cerner ce qui alimentait ces idéologies.

« Notre approche s’adresse au désespoir des personnes », explique la Dre Rousseau. « Nous essayons de leur redonner espoir, de briser leur isolement et de les aider à redonner un sens à leur vie. Nous ne confrontons pas leurs idéologies, mais nous nous adressons aux souffrances qui les nourrissent ».

Richard Horne, un travailleur social à la clinique, dit qu’il est contre-productif d’essayer de remettre en question les convictions profondes d’une personne. « C’est comme essayer de convaincre un admirateur des Canadiens de Montréal d’appuyer les Bruins de Boston », dit-il. Il s’efforce plutôt de comprendre les antécédents et d’établir un lien de confiance. Est-ce qu’il y a eu un traumatisme dans la vie de cette personne? De la violence familiale? A-t-elle été victime d’intimidation à l’école? « Se percevoir comme une victime peut susciter un sentiment d’injustice », ajoute M. Horne. « Une personne qui est psychologiquement fragile risque davantage de chercher d’autres exutoires ».

Selon les spécialistes, la pandémie de la COVID-19, avec les confinements et la distanciation sociale qu’elle exige, a fourni un terrain fertile aux théories de complot, aidé par Internet. Au milieu de l’isolement et de l’anxiété, certaines personnes trouvent un sentiment d’appartenance auprès des communautés extrémistes en ligne dont les théories de complot peuvent s’appuyer sur des opinions racistes et misogynes, la négation du coronavirus ou la désinformation anti-vaccination.

« Certaines personnes peuvent se sentir plus fortes lorsqu’elles participent à des mouvements de ce type », de dire Anousheh Machouf, une psychologue à la clinique. « Elles peuvent oublier leur détresse personnelle et consacrer tous leurs efforts à soutenir une cause. Elles essaient de donner un sens à leur vie ».

Ces communautés virtuelles deviennent une caisse de résonnance qui renforce la mentalité collusoire de ces personnes. « Ces mouvements offrent une solution magique qui les fait se sentir plus fortes et moins isolées », explique Madame Machouf.

Les traitements de l’Équipe clinique de polarisation peuvent inclure des conseils, des thérapies ou des médicaments, en fonction des besoins du client. Outre l’évaluation initiale, la clinique offre un soutien de suivi, et les professionnels peuvent même proposer des options d’éducation ou d’emploi. La clinique offre également de la formation à l’intention des professionnels de la santé, des groupes communautaires et des écoles, et peut être une référence pour les cliniques régionales du Québec qui sont confrontées à la polarisation.

L’Équipe clinique de polarisation du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal peut être jointe au 514-267-3979, de 8 h à 22 h, sept jours sur sept. Les services sont confidentiels.

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