Pour les enfants handicapés, des jouets qui leur ressemblent

Anna Maria Civitella, ergothérapeute au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, entourée des jouets qu’elle a réunis pour les enfants des écoles Mackay Centre et Philip E. Layton
Anna Maria Civitella, ergothérapeute au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, entourée des jouets qu’elle a réunis pour les enfants des écoles Mackay Centre et Philip E. Layton

Il y a quelques années, Anna Maria Civitella a réalisé que les enfants handicapés ne se voyaient pas souvent reflétés dans les jouets avec lesquels ils s’amusaient. Pas de poupées avec des prothèses auditives, pas d’oursons en peluche avec une sonde gastrique, pas de figurines portant des attelles jambières. 

C’est ainsi que Madame Civitella, qui est ergothérapeute auprès des écoles Mackay Centre et Philip E. Layton au sein de notre CIUSSS, a décidé d’agir pour remédier à cette situation.

Pour réaliser son rêve, elle a lancé une initiative qui a exigé d’innombrables heures de travail et le soutien de plusieurs partenaires. En effet, elle a réuni plus de 90 jouets qui reflètent une vaste gamme de handicaps, et les a mis à la disposition des enfants des écoles de Notre-Dame-de-Grâce.

Ce projet va bien au-delà d’un don de jouets à des écoliers souffrant de handicaps moteurs, visuels, auditifs ou linguistiques. Pour Madame Civitella, ces jouets envoient un message puissant sur l’acceptation et l’inclusion.  

« Ils disent qu’une personne a fabriqué un jouet qui te ressemble parce que tu as de l’importance », dit-elle. « Ils disent que tu es visible et que tu es digne d’avoir une place au sein de la société ».

Et, elle a dû faire preuve de persévérance pour mener ce projet à bien. Des mouvements comme Toy Like Me (Des jouets comme moi), au Royaume-Uni, exhortent depuis des années les fabricants de jouets à produire des articles qui représentent mieux les quelques 150 millions d’enfants handicapés dans le monde, mais selon Madame Civitella de tels jouets sont encore difficiles à trouver. Elle a consacré plusieurs mois, souvent après ses heures de travail, à explorer les sites web et à visiter les magasins de Montréal.  

En février, les jouets étaient enfin prêts à être donnés aux enfants : ils avaient été commandés, catalogués et placés dans des bacs avec l’aide de Bonny Benoît, agente administrative, et d’Eric Kuchinsky, assistant technique en soins de santé. Ensuite, le 22 février, les jouets ont été chargés sur des chariots et transportés dans les salles de classe : Barbie et Ken en fauteuil roulant, surfeur portant une prothèse auditive, poupée accompagnée par un chien-guide, ourson en peluche avec un corset orthopédique.

Lorsque les enfants ont déballé les jouets, un seul regard à leur visage a suffi pour que Madame Civitella sache que ses efforts n’avaient pas été en vain. En voyant une poupée qui portait une attelle jambière, les yeux d’un petit garçon âgé de 5 ans, qui utilise un fauteuil roulant et souffre de problèmes de communication, se sont écarquillés. L’enfant a montré ses propres jambes, puis celles de la poupée et son visage s’est illuminé en se reconnaissant dans cette poupée.

« J’ai su à ce moment-là qu’il se voyait reflété dans cette poupée », ajoute Madame Civitella. « Ce moment a tout signifié pour moi. »

En plus d’être disponibles pendant l’heure de jeux libres en classe, les jouets peuvent être utilisés à des fins thérapeutiques par les psychologues, les orthophonistes, les physiothérapeutes et les autres prestataires de soins de santé qui sont membres de l’Équipe du Programme de réadaptation en milieu scolaire spécialisé de notre CIUSSS. Certains de ces jouets ont également été placés dans une vitrine dans l’entrée de l’école de la rue Terrebonne.

À plus longue échéance, Madame Civitella rêve d’acquérir plus de jouets qui pourraient être disponibles à partir d’une ludothèque (bibliothèque de jouets) et que les enfants pourraient emprunter pour jouer à leur domicile.  

Le projet a exigé un travail d’équipe et la collaboration de plusieurs partenaires. Alison Leduc, la supérieure de Madame Civitella au début du projet, en 2020, a encouragé son lancement et donné le feu vert à l’élaboration de la proposition. La Fondation Habilitas a fourni des fonds pour l’achat de jouets, grâce à un don du Comité des employés de la communauté Fednav. Les enseignants et les membres de l’administration de la Commission scolaire English Montreal ont adhéré au projet, et les orthésistes d’Action Ortho Santé, à Montréal, ont fabriqué des attelles et des orthèses plantaires pour les poupées.

Emily Lecker, chef d’administration de programmes au sein de notre CIUSSS pour le Programme de réadaptation en milieu scolaire spécialisé, précise que le mérite d’avoir mené à bien le projet revient entièrement à Madama Civitella. « Elle a été fidèle à sa vision du début à la fin, et fait preuve d’une créativité et d’un esprit d’initiative extraordinaires », dit-elle avant d’ajouter que cette initiative souligne l’engagement des membres du personnel du CIUSSS à combler les besoins des clients.  

« Ces jouets promeuvent une image de soi positive », souligne Madame Lecker. « Ils aident les enfants à accepter leurs différences et à voir qu’elles ne doivent pas les limiter de quelque manière que ce soit. »

Pour Madame Civitella, tout se résume à faire ce qu’il y a de mieux pour les enfants. Elle rappelle que l’une des manières d’aborder la démarche d’ergothérapie est « Faire, être, devenir, appartenir ».   

« Comme ergothérapeutes, nous croyons réellement que chaque personne a des rêves, et que nous les aidons à réaliser », dit-elle les larmes aux yeux. « Les jouets disent aux enfants ‘J’ai une place dans ce monde’. »