L’éthicien

Kevin Hayes, éthicien clinique au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal
Kevin Hayes, éthicien clinique au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Relever les défis en matière d’éthique liés à la COVID-19

L’interlocuteur au téléphone était bouleversé : sa femme, qui est en cours de traitement contre le cancer à l’Hôpital général juif a désespérément besoin de son soutien, mais les directives mises en place en raison de la COVID-19 l’empêchent d’être à son chevet.  

« Il sanglotait », se souvient Kevin Hayes, l’éthicien clinique de notre CIUSSS. Il voulait tellement être là pour la réconforter. J’avais l’impression qu’il était prêt à utiliser un char d’assaut pour forcer nos portes; il était déterminé à ce point. »

Cette situation est un bon exemple du genre de dilemmes éthiques avec lesquels doivent composer régulièrement Monsieur Hayes et le Service d’éthiques cliniques du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. D’un côté, un conjoint cherchant à remplir son engagement de soutien envers sa partenaire pendant un moment de détresse. De l’autre, un système de soins de santé qui lutte pour survivre devant la menace d’une pandémie mondiale.  

L’éthique implique souvent des valeurs opposées et un choix difficile. C’était le cas de la situation présentée ci-dessus.  

« Cet homme avait le sentiment qu’il devait être là pour sa femme, et d’un point de vue humain, c’était tout à fait compréhensible », de dire Monsieur Hayes. Cependant, le CIUSSS était tenu d’appliquer les directives du gouvernement relativement à la COVID-19. Il était essentiel de protéger les services de soins de santé.

« Si nos patients et nos travailleurs de la santé sont malades, notre situation devient catastrophique », dit-il. « Et, si nous laissons entrer toutes les personnes qui le souhaitent, et qu’il est trop tard par la suite, qu’allons-nous faire? »

Finalement, les dispositions nécessaires ont été prises pour permettre à cet homme de voir sa femme quand elle a été transférée à l’Unité de soins palliatifs. Conformément aux règlements du gouvernement, il a revêtu tous les éléments de l’équipement de protection, et il a pu lui dire adieu.

L’histoire de ce couple met en lumière le genre de dilemmes créés pas la COVID-19. Avant la pandémie, Monsieur Hayes a passé plusieurs années à évaluer les dilemmes moraux qui se posent inévitablement au sein d’un vaste réseau de soins de santé comme le nôtre : désaccord au sujet des soins, du retrait d’un traitement actif, ou choix de vivre au sein de la communauté malgré un état de santé susceptible, pour n’en nommer que quelques-uns. Titulaire d’une maîtrise en bioéthique de l’université McGill, Monsieur Hayes répond aux questions des employés, des usagers et des membres des familles. De plus, il a animé plus de 150 séances de formation à l’intention des membres du personnel au sujet du cadre éthique de notre CIUSSS.

« C’est le mandat des professionnels de la santé. Ils n’ont pas choisi cette profession pour juger les gens, mais pour les aider. »

Mais, il y avait peu de précédents sur lesquels Monsieur Hayes pouvait se fonder pour aider les décideurs devant les choix difficiles imposés par la COVID-19.

« Le monde entier devait prendre des décisions radicales pour assurer le bien commun », note-t-il.

Parfois, Monsieur Hayes était appelé à jouer un rôle de médiateur. Dans l’un de ces cas, une dame âgée était sur le point d’obtenir son congé de l’HGJ. Mais, selon son médecin et la travailleuse sociale, ses besoins seraient mieux comblés dans un centre de soins de longue durée où elle serait également plus en sécurité. 

Les enfants de cette dame hésitaient à prendre cette décision. Ils avaient lu des articles au sujet de la crise dans les centres de soins de longue durée au début de la pandémie, et préféraient que leur mère reste à l’écart.  

« Ils ne faisaient pas cela pour être difficiles. Ils étaient vraiment inquiets », dit-il.  

Monsieur Hayes, dont le Service fait parti de la Direction de qualité, innovation, performance et éthique, leur a expliqué toutes les mesures qui avaient été mises en place pour assurer la sécurité du personnel et des résidents dans les centres de soins de longue durée, et les raisons pour lesquelles il était dans l’intérêt supérieur de leur mère d’être transférée dans un tel centre.

« J’ai expliqué pourquoi c’était la meilleure chose à faire, malgré leurs craintes », ajoute Monsieur Hayes. Cette dame a été transférée dans un centre avec l’appui de son équipe de soins du CIUSSS.

La COVID-19 a mis en lumière d’autres questions éthiques, comme celle de comprendre les raisons pour lesquelles le personnel de la santé doit soigner les personnes qui refusent de se faire vacciner. « La crise de la COVID-19 a donné lieu à beaucoup de jugements au sujet de qui a raison et de qui a tort au sujet de ce que ces personnes ont fait ou n’ont pas fait », explique-t-il. « Mais, notre sens du devoir est décisif. C’est le mandat des professionnels de la santé. Ils n’ont pas choisi cette profession pour juger les gens, mais pour les aider. »

« Même si je n’ai pas toutes les réponses, je suis là pour écouter. »

Monsieur Hayes travaille à l’HGJ, mais il dessert toutes les installations de notre CIUSSS. Il a été sur place pendant la majeure partie de la pandémie, enfilant des bouses d’hôpital ou de l’équipement de protection pour effectuer ses tâches. Partout, il a vu des membres du personnel et des gestionnaires poussés à bout de souffle pour assurer le fonctionnement du système et maintenir la sécurité et la qualité des soins. « Ils ont donné d’eux-mêmes et sacrifié leur vie personnelle pour concentrer leurs efforts sur les patients et leurs familles. Ces professionnels de la santé ont fait preuve d’une humanité extraordinaire. »

Mais, ce dont il se souvient le plus, c’est l’angoisse de ce mari qui ne pouvait pas être au chevet de sa femme. Avant la COVID-19, cet homme avait accompagné sa femme à chaque prise de sang, à chaque tomodensitométrie et à chaque rendez-vous chez le médecin; et, soudainement, il ne pouvait plus être avec elle. « Cette situation m’a vraiment fait comprendre la douleur de la COVID-19. »  

Plus d’un an après cet événement, cet homme téléphone encore à Monsieur Hayes, mais c’est pour lui exprimer sa gratitude pour l’empathie qu’il a ressentie pendant cette épreuve. « J’ai l’impression d’avoir fait une différence dans sa vie », de dire Monsieur Hayes. « Même si je n’ai pas toutes les réponses, je suis là pour écouter. »

Avez-vous une question d’éthique à laquelle vous aimeriez obtenir une réponse? Souhaiteriez-vous avoir une formation sur le cadre éthique de notre CIUSSS? Le Service d’éthique clinique offre des consultations et de la formation pour les patients, les résidents et leurs familles ou les mandataires. Veuillez communiquer avec Kevin Hayes, à kevin.hayes.ccomtl@ssss.gouv.qc.ca ou au 514-340-8222, poste 23625.