L’Escouade Vigi : unis pour accomplir une mission difficile, ils sont devenus des héros

Certains membres de l’Escouade Vigi (à l’avant) : Leslie Maynard et Neda Paynter; (à l’arrière) : Sara Ward, Alec Cerantola, Jonathan Senatus, Emilie Loranger, Inna Kalman et Elisabeth Laughrea
Certains membres de l’Escouade Vigi (à l’avant) : Leslie Maynard et Neda Paynter; (à l’arrière) : Sara Ward, Alec Cerantola, Jonathan Senatus, Emilie Loranger, Inna Kalman et Elisabeth Laughrea

Quand Jonathan Senatus a été avisé qu’il était affecté d’urgence à un centre de soins de longue durée, l’infirmier clinicien de l’Hôpital général juif n’a pas hésité une seconde. En effet, M. Senatus avait toujours été attiré par le travail humanitaire, et cette affectation lui convenait parfaitement. « Certaines personnes avaient des besoins pressants, ici même à Montréal », explique l’infirmier du Département de l’urgence. « Je voulais être là ».

À la mi-avril, M. Senatus était parmi un groupe de travailleurs de la santé du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal affectés à Vigi Mont-Royal, une résidence pour personnes âgées de notre territoire, qui était aux prises avec une éclosion importante de COVID-19. Au cours d’une période de cinq semaines, M. Senatus et environ 20 de ses collègues ont travaillé dans des conditions difficiles pour aider à contenir la propagation du virus dans cette résidence et rendre la dignité aux résidents.  

L’éclosion majeure de COVID-19 à Vigi Mont-Royal a fait les manchettes à Montréal. Mais, derrière les grands titres et loin des projecteurs, des membres du personnel du CIUSSS, comme M. Senatus, se dévouaient en silence pour redresser la situation, en travaillant dans une résidence ravagée, au plus fort de la pandémie.

Les membres du groupe sont devenus si étroitement unis, qu’ils se sont donné un surnom : l’Escouade Vigi. « Les membres de cette escouade sont des héros, qui se sont dévoués dans un contexte difficile pour soigner des personnes âgées et vulnérables en situation de crise ».

Leur tâche était colossale. Quand Elisabeth Laughrea, conseillère-cadre en Soins infirmiers, est arrivée à Vigi Mont-Royal, le 18 avril, le virus s’était propagé parmi les résidents et le personnel, les stocks de matériel étaient au plus bas et le chaos régnait au sein de la résidence. « C’était dramatique », ajoute Madame Laughrea, qui travaille en soins de longue durée.

Très vite, des renforts du CIUSSS sont arrivés, comme une équipe de combattants de différentes unités assemblés pour une mission spéciale. Il y avait des infirmières et des infirmiers du Département de psychiatrie et de l’Unité de soins intensifs néonatals, des diététistes, des ergothérapeutes, des travailleurs sociaux et un PAB. La plupart des intervenants venaient de l’HGJ, mais certains avaient été détachés des CLSC et des cliniques de médecine familiale. Ils ont rapidement pris les choses en main et commencé à s’occuper des résidents et à mettre de l’ordre dans le Centre, sans tenir compte des longues heures de travail, du stress, de l’équipement de protection encombrant et des exigences élevées du travail.

« Ce qui m’a vraiment impressionné de la part des membres de ce groupe, c’est que plutôt que de se concentrer sur le chaos ou de se plaindre de ce qui ne fonctionnait pas, ils ont concentré toute leur énergie à combler les besoins des résidents et à voir le côté positif des choses », dit Madame Laughrea. 

Les infirmières-clinicienne Marylène Hétu (à gauche) et Scholastica Waters (à droite) travaillent en tandem pour aider à rendre la dignité aux résidents de Vigi Mont-Royal
Les infirmières-clinicienne Marylène Hétu (à gauche) et Scholastica Waters (à droite) travaillent en tandem pour aider à rendre la dignité aux résidents de Vigi Mont-Royal

Outre prodiguer des soins de santé de base, les membres de l’escouade ont apporté une touche humaine qu’il avait été impossible de fournir pendant la crise. Ils ont tenu la main des résidents, brossé leurs cheveux et se sont assis avec eux pour converser. Les infirmières cliniciennes Marylène Hétu et Scholastica Waters, membres de l’une des équipes, ont apporté du vernis à ongles et l’ont appliqué sur les ongles de certaines résidentes.

À la résidence de Mont-Royal, l’ambiance rappelait un peu celle d’une mission humanitaire, avec des zones froides aménagées dans des tentes, à l’extérieur de l’édifice. L’équipe du CIUSSS travaillait avec des soldats des Forces armées du Canada, des travailleurs de la santé de l’Institut de cardiologie de Montréal, et des représentants de la Croix-Rouge canadienne. Au moment où la mission a pris fin à la mi-mai, les membres de l’Escouade avaient le sentiment d’avoir accompli leur devoir.

« C’est une expérience que je n’oublierai jamais », commente Madame Hétu, qui travaille habituellement au sein de l’Unité de soins intensifs néonatals, à l’HGJ. Au début, elle et Madame Waters s’occupaient de 40 à 50 résidents à la fois. Toutefois, à la fin de leur mandat à Vigi Mont-Royal la situation s’était stabilisée.

« Je sors de ça vraiment grandie, a dit l’une des infirmières. Malgré la tristesse que le coronavirus a causée, cette crise nous a tous unis et nous a donné une force et une solidarité en tant qu’équipe. Je suis d’accord avec elle. Quand nous nous unissons, nous sommes capables d’accomplir de belles choses. »

L’Escouade Vigi a également eu la satisfaction de voir des résidents qui étaient en difficulté à leur arrivée se lever et recommencer à marcher. Au cours de sa dernière semaine à la résidence M. Senatus a vu une dame âgée marcher dans le couloir en s’appuyant sur sa marchette. Un PAB la suivait avec un fauteuil roulant, au cas où elle aurait besoin de s’asseoir. Quand elle a vu M. Senatus, la résidente a souri et lui a dit bonjour. Elle avait été contaminée par le coronavirus et s’était rétablie. Elle était âgée de 101 ans.

« Je me suis dit que si une personne de 101 ans pouvait s’en sortir et se rétablir, nous avions accompli quelque chose », de dire M. Senatus.

Quelques jours après ce commentaire, plusieurs membres de l’Escouade Vigi, y compris M. Senatus, ont été affectés au Centre gériatrique Maimonides Donald Berman. Ils se préparaient à attaquer une autre mission. « Je pense que nous pouvons aider de nouveau », ajoute M. Senatus.