Les mélodies de la guérison

Le musicothérapeute Sam Minevich joue de la guitare à l’étage de la Gériatrie
Le musicothérapeute Sam Minevich joue de la guitare à l’étage de la Gériatrie

Pendant la pandémie de la COVID-19, les musicothérapeutes offrent du réconfort grâce à leurs mélodies

Sam Minevich gratte les premières notes d’un air de Johnny Cash sur sa guitare, et en quelques minutes l’ambiance au sein de l’étage de la Gériatrie à l’Hôpital général juif commence à changer. Les patients sortent de leur chambre pour l’écouter jouer et certains, vêtus de leur blouse d’hôpital, se balancent au rythme de la musique.

Le pouvoir transformateur de la musicothérapie était très évident.

Pendant une année de stress inégalé en raison de la pandémie de la COVID-19, les musicothérapeutes de notre CIUSSS ont réconforté et soulagé les patients grâce à leur musique. Ils sont intervenus en offrant un accompagnement musical et en brisant la solitude des patients avec une mélodie à un moment où ces derniers ne pouvaient pas recevoir la visite des membres de leur famille. Parfois, leurs voix et leurs instruments constituaient une bande sonore apaisante contre les bips des moniteurs médicaux.

« La musique a le pouvoir de transporter les gens vers d’autres lieux et de susciter des émotions profondes », explique Monsieur Minevich. « Elle peut agir comme une catharsis ».

Les musicothérapeutes travaillent dans toutes les installations de notre CIUSSS, y compris dans les centres de réadaptation et de soins de longue durée, et ils ont célébré leur travail en mars, à l’occasion du Mois de la sensibilisation à la musicothérapie. En effet, le résultat des études indique que la musicothérapie peut améliorer les résultants médicaux en favorisant la guérison physique et psychologique, en réduisant la douleur et en apaisant l’anxiété. Elle peut également inspirer un sentiment de paix et d’espoir.

Samantha Borgal est musicothérapeute à l’Unité des soins palliatifs à l’HGJ, ou certains de ses patients ont survécu à la COVID-19. Elle travaille avec de multiples instruments, y compris une guitare, un piano et un tambour, et elle tire parti de différentes approches pour établir un lien avec les patients, même avec ceux qui ne réagissent pas immédiatement.

« Certains patients disent ‘Je n’aime pas la musique’ », dit Madame Borgal. Elle leur demande ensuite quelle musique ils aimaient quand ils étaient plus jeunes. Les études ont démonté que les mélodies de l’adolescence et du début de la vingtaine ont l’incidence la plus durable. « C’est à ce moment qu’ils commencent à se souvenir de Paul Anka et d’Elvis Presley, et soudainement, quand je chante l’une de leurs chansons préférées, c’est comme s’ils retrouvaient un vieil ami ».

La musique est devenue une denrée encore plus précieuse pendant la pandémie, quand les gens ont été privés de prestations en direct.

« Parfois, je suis la dernière voix qu’ils entendent », dit Madame Borgal en parlant de son travail auprès des patients de l’Unité de soins palliatifs.

La portée de la musique en milieu hospitalier était très évidente dernièrement quand Monsieur Minevich est arrivé à l’étage de la Gériatrie avec sa guitare Gibson. Debout dans le couloir, près du poste de soins infirmiers, il a interprété un répertoire de chansons, allant de All Shook Up à Hava Nagila, et une foule l’a rapidement entouré. Une femme a poussé le fauteuil roulant de son père dans le couloir pour l’écouter. Elsa Fay Donaldson, une patiente âgée de 83 ans, est sortie de sa chambre et a commencé à danser. 

« Quand j’écoute de la musique, je ne me sens pas malade », explique Madame Donaldson. « Je me sens vivante ». 

Comme notre CIUSSS dessert une population diversifiée d’un point de vue culturel, les musicothérapeutes possèdent un vaste répertoire musical, pour s’assurer de pouvoir adapter leurs prestations aux préférences des patients. Outre les mélodies en anglais et en français, collectivement ils peuvent chanter dans une douzaine de langues, passant sur demande de Guantanamera en espagnol à Moscow Nights en russe ou à un air folklorique en yiddish. Monsieur Minevich et son collègue Henri Oppenheim disent qu’ils suivent les indications des patients pour être en mesure de créer un « espace musical ensemble ». Monsieur Minevich se souvient d’avoir joué O Sole Mio pour un patient âgé atteint de leucémie. L’homme a dit que cela lui rappelait son enfance en Italie, et il a fondu en larmes.

« La musique va à la rencontre de chaque personne à l’étape où elle se trouve », déclare Madame Borgal, avant d’ajouter que selon elle son rôle est particulièrement important pendant la pandémie. « Je suis profondément reconnaissante de pouvoir continuer à faire mon travail, et d’être encore ici, en première ligne pour offrir des mélodies de guérison aux patients ».