Les équipes de médecins de famille défient la COVID-19 en se connectant aux patients par le biais de la télésanté

When Antonio José Santiago (left) began exhibiting symptoms of a stroke at home, his wife, Eunice Gomes Santiago, used Zoom to connect to Dr. Mark Karanofsky, who confirmed what was happening and advised them what to do next
When Antonio José Santiago (left) began exhibiting symptoms of a stroke at home, his wife, Eunice Gomes Santiago, used Zoom to connect to Dr. Mark Karanofsky, who confirmed what was happening and advised them what to do next

Il n’a fallu que quelques secondes au Dr Mark Karanofsky pour regarder son patient et comprendre que quelque chose n’était pas normal : Antonio José Santiago marchait en boitant et le côté droit de son visage était affaissé.

Un AVC, sans aucun doute!

Le Dr Karanofsky a rapidement expliqué la nature de l’urgence à M. Santiago et à son épouse, Eunice Gomes Santiago, qui ont promptement obtenu de l’aide médicale avant que l’état de M. Santiago ne s’aggrave.  

Il s’agissait d’une situation urgente, bien sûr, mais pourquoi la distinguer des autres? Parce que le Dr Karanofsky a établi un diagnostic en regardant l’écran d’un ordinateur lors d’une vidéoconférence avec les Santiago.

Dans un sens, M. Santiago a eu de la chance. Quand il a eu son AVC à son domicile, le 17 avril, il devait communiquer par Zoom avec le Dr Karanofsky, le directeur intérimaire du Centre de médecine familiale Goldman Herzl à l’HGJ, pour un examen de routine.

Cela signifiait que le médecin était en ligne avec Madame Santiago quand cette dernière lui a expliqué que son mari, âgé de 78 ans, ne se sentait pas bien depuis qu’il avait effectué quelques réparations dans leur maison de Candiac, plus tôt dans la journée.

Néanmoins, la liaison par vidéo s’est avérée essentielle : Pour le Dr Karanofsky, cet incident prouve la valeur de la télésanté dans des circonstances comme le confinement de la COVID-19.

« Avant la pandémie de la COVID-19, ce que nous pouvions faire par le biais de la télésanté n’était pas toujours clair, surtout pour les patients », dit le Dr Karanofsky/ «  Je crois que la situation est bien différente maintenant ».

Pendant la pandémie, les rendez-vous par le biais de la télésanté (également connu sous le nom de télémédecine) sont devenus la norme au Centre de médecine familial Goldman Herzl à l’HGJ, et le nombre de visites en personne a rapidement chuté à une moyenne d’environ 12 pour cent de l’ensemble des consultations.

Avant la COVID-19, les consultations en télémédecine étaient relativement rares, non seulement dans les centres du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, mais à l’échelle du Québec. La raison principale de cette rareté était que le ministère de la Santé et des Services sociaux refusait d’approuver les remboursements généralisés aux médecins pour la plupart des activités en télésanté.

Mais en février, peu de temps avant que la pandémie de la COVID-19 ne frappe la province, le ministère a compris que pour prévenir la propagation du virus, la plupart des patients (et plusieurs membres du personnel, y compris certains cliniciens) devaient rester loin des hôpitaux et de certains autres centres de soins de santé.                    

Ainsi, agissant rapidement, le gouvernement a approuvé les remboursements généralisés pour la plupart des services que les médecins prodiguaient par vidéo ou par téléphone.

Le Centre de médecine familial Goldman Herzl avait déjà pris les devants. En effet, la Direction des technologies de l’information du CIUSSS avait muni le Centre de dossiers électroniques avant le début de la pandémie. Quel que soit l’endroit où ils se trouvaient, les membres du personnel du Centre avaient désormais facilement accès aux dossiers de leurs patients et aux autres renseignements essentiels.  

Le Dr Karanofsky secoue la tête, encore abasourdi à l’idée ce qu’il a fallu pour que le Centre adopte la télésanté. « Le vendredi 13 mars, nous avons été avisés que dès lundi, 70 pour cent de nos activités devaient être virtuelles ».

« Nous étions stupéfaits, car nous recevions en moyenne environ 360 visites en personne par jour la veille de la COVID-19, et réduire ce nombre à un peu plus de 100 en 72 heures semblait impossible. Mais, d’une manière ou d’une autre, nous y sommes arrivés! »

Dr. Mylène Arsenault
Dr. Mylène Arsenault

La Dre Mylène Arsenault, médecin de famille au Centre, a également compris qu’il s’agissait d’une nouvelle manière de travailler pour plusieurs membres du personnel, et elle a pris la décision d’aider à développer un module de formation en télémédecine pour le Centre de médecine familial Goldman Herzl.

« La télémédecine n’est pas enseignée à la faculté de médecine », dit-elle, « par conséquent, nous avons besoin du module pour former nos médecins et nos résidents sur la manière d’utiliser cet outil en toute sécurité ».

« La télémédecine ne peut pas être utilisée pour effectuer des actes médicaux qui exigent une palpation ou un contact physique. Mais il est certain que beaucoup de choses peuvent être faites en toute sécurité et adéquatement, comme le soutien psychologique en santé mentale et le suivi des maladies chroniques. »

À certains égards, ajoute le Dr Karanofsky, la télémédecine peut être supérieure à une visite en personne, puisqu’elle permet au médecin de voir le milieu de vie du patient.  

« Par exemple, si le patient est âgé et que son domicile semble encombré de trop de meubles, le médecin peut supposer qu’il pourrait y avoir un risque de chute. L’essentiel est de toujours avoir la possibilité, et nous nous en assurons, de faire venir les patients pour une visite en personne, si les circonstances l’exigent. »

Comme les patients sont à leur domicile lors des visites virtuelles, ils sont habituellement plus détendus et à l’aise, explique Sabina Figueira, l’une des infirmières cliniciennes spécialisées en diabète et en soins cardiométaboliques, au Centre de médecine familial Goldman Herzl.

« Pendant la pandémie, ces patients se sentaient particulièrement en sécurité puisqu’ils ne risquaient pas d’être exposés au coronavirus à l’Hôpital, » dit-elle.

Mais, qu’en est-il du futur? Est-ce que la situation qui existait avant la COVID-19 s’insinuera de nouveau au Centre quand la menace sera enrayée? Le Dr Karanofsky en doute fortement.

Il reconnaît que le niveau des visites effectuées en télésanté ne se situera probablement plus entre 87 et 88 pour cent. Cependant, « à moyen terme, nous pensons qu’au moins 60 pour cent de toutes les visites pourraient être traitées complètement ou partiellement par le biais de la télémédecine ».

« C’est la voie de l’avenir », convient la Dre Arsenault, « et la COVID-19 vient de nous propulser dans l’ère de la télémédecine. Et, cette démarche est bien enracinée! ».