Les conducteurs handicapés prennent la route grâce à un système de direction révolutionnaire

Andrew Swidzinski, qui utilise un système électronique de commande de véhicule pour conduire, se prépare à aller sur la route dans la fourgonnette de formation du Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay en compagnie de l’ergothérapeute Minh-Thy Truong.
Andrew Swidzinski, qui utilise un système électronique de commande de véhicule pour conduire, se prépare à aller sur la route dans la fourgonnette de formation du Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay en compagnie de l’ergothérapeute Minh-Thy Truong.

Une campagne au Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay obtient le feu vert pour le système de haute technologie Joysteer

Dernièrement, Andrew Swidzinski a fait une chose dont il aurait seulement pu rêver il y a quelques années : il s’est installé au volant d’un véhicule et a conduit dans les rues de Montréal.

Depuis qu’une maladie neurologique rare l’a laissé partiellement paralysé, en 2018, Monsieur Swidzinski a été contraint de renoncer à conduire et de laisser sa Honda Civic dans le garage de son frère. Mais aujourd’hui, sa situation est sur le point de changer. Lui et une poignée d’autres deviennent les premiers au Québec à être autorisés à utiliser le système de haute technologie Joysteer, qui permet aux personnes à mobilité réduite de conduire de nouveau.

Ils ont franchi ce jalon grâce à la persévérance et au savoir-faire des membres du personnel du Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay, une installation membre du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Devant la fourgonnette de formation au Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay, de gauche à droite : Alyssa Merilees, coordonnatrice clinique, Programme de conduite automobile et adaptation de véhicule; Dana Benoit, chef d’administration, Programmes de réadaptation, Neurologie adulte; Marilou Brien-Racicot et Minh-Thy Truong ergothérapeutes.
Devant la fourgonnette de formation au Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay, de gauche à droite : Alyssa Merilees, coordonnatrice clinique, Programme de conduite automobile et adaptation de véhicule; Dana Benoit, chef d’administration, Programmes de réadaptation, Neurologie adulte; Marilou Brien-Racicot et Minh-Thy Truong ergothérapeutes.

En effet, pendant près de deux décennies, Dana Benoit, la chef d’administration, Programmes de réadaptation, Neurologie adulte du Centre, a lutté sans relâche pour que les autorités québécoises permettent l’utilisation des systèmes de direction électronique pour conduire. Elle a écrit des lettres, s’est entretenue avec des ingénieurs lors de conférences et s’est même rendue à Québec pour parler aux décideurs. Le Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay a également lancé avec succès un projet pilote avec trois usagers, en 2018, pour illustrer la sécurité et la faisabilité du système Joysteer fabriqué en Suisse.

« Je pensais que je pouvais avoir une certaine incidence sur le changement de politique », explique Madame Benoit. « Je défendais les clients afin que nous puissions leur offrir la liberté d’être aussi autonomes qu’ils le peuvent, puisqu’en définitive c’est notre mission. »

En octobre dernier, après quelque 20 ans d’efforts, l’équipe du Programme de conduite automobile et adaptation de véhicule du Centre de réadaptation a enfin reçu la bonne nouvelle : la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) levait le moratoire sur les systèmes électroniques de direction et approuvait le système Joysteer. Cela signifiait que le Québec financerait l’adaptation des véhicules, la seule juridiction en Amérique du Nord à le faire, et un permis pourrait être délivré pour conduire avec ces dispositifs de haute technologie.

Cette décision a ouvert de nouveaux horizons à Monsieur Swidzinski et à d’autres personnes handicapées qui ne peuvent pas utiliser d’autres méthodes de conduite adaptée. Le système électronique Joysteer comprend un joystick, un volant miniature et d’autres dispositifs de contrôle manuel qui permettent à l’usager de gérer les commandes d’accélération, de freinage et de direction. Cette technologie, qui peut être adaptée à plusieurs types de véhicules, change les choses pour les personnes souffrant de dystrophie musculaire, de lésions de la moelle épinière ou d’autres affections qui restreignent leur force ou l’amplitude de leurs mouvements.

« Cette technologie donne la possibilité de conduire aux personnes qui ne peuvent pas le faire autrement », ajoute Alyssa Merilees, la coordonnatrice clinique du Programme de conduite automobile et adaptation de véhicule au Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay. « Nous sommes ravis de leur offrir cette nouvelle possibilité. Nous avons une solution que nous n’avions pas auparavant. »

Monsieur Swidzinski, un notaire qui habite à Pointe-Claire, est paralysé du bras gauche depuis qu’il est atteint de myélite transverse, mais il peut utiliser son bras droit pour manœuvrer le Joysteer. Cet homme de 37 ans espère pouvoir recommencer à conduire.

« Cela signifie être autonome », dit-il devant le Centre de réadaptation Constance-Lethbridge, à Notre-Dame-de-Grâce, au moment où il se prépare à prendre la route pour une séance de formation à la conduite, en compagnie de l’ergothérapeute Minh-Thy Truong. « Je peux gagner ma vie et recommencer à sortir. »

Un autre client, Mathieu Dionne, avait abandonné l’espoir de conduire de nouveau à la suite d’un accident de moto en 2015 qui l’a laissé quadriplégique. Cependant, après avoir été dirigé au Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay, ce résident de Saint-Colomban, au nord-ouest de Montréal, a commencé à utiliser le système Joysteer avec l’ergothérapeute Kristian Thivierge.

« Ce système va me donner beaucoup de liberté », dit Monsieur Dionne, qui est âgé de 34 ans. « Je ne dépendrai plus d’autres personnes pour me conduire et je pourrai sortir et faire des choses par moi-même. Le Joysteer va changer ma vie. »

« Cette technologie donne la possibilité de conduire aux personnes qui ne peuvent pas le faire autrement. Nous sommes ravis de leur offrir cette nouvelle possibilité. »

Alyssa Merilees, la coordonnatrice clinique du Programme de conduite automobile et adaptation de véhicule.

Cette percée confirme le statut de chef de file du Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay en matière d’adaptation des véhicules et de formation. Le site Constance-Lethbridge ainsi qu’un autre en Colombie-Britannique, ont été les seuls centres de réadaptation au Canada à disposer d’une fourgonnette de formation munie du système Joysteer et de l’expertise spécialisée pour évaluer et former les utilisateurs potentiels. Par conséquent, depuis 2018, ce Centre de réadaptation du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal aide les clients provenant de l’ensemble de l’est du Canada à utiliser cette technologie; les systèmes électroniques de direction sont déjà autorisés ailleurs au pays.  

Maintenant que le Québec a donné le feu vert à ce système, le Centre de réadaptation Lethbridge-Layton-Mackay a certifié six ergothérapeutes pour travailler avec le Joysteer. Des professionnels d’autres centres de réadaptation du Québec y apprennent également à utiliser ce système.  

En définitive, l’équipe du Centre de réadaptation Constance-Lethbridge considère que l’accès à la haute technologie de conduite électronique au Québec fait partie de son héritage. « Nous avons déployé beaucoup d’efforts pendant plusieurs années pour que ce projet devienne réalité. Il nous a fallu beaucoup de persévérance », ajoute Madame Merilees. « Mais, nous n’avons jamais abandonné. »

* Le site Constance-Lethbridge a pu munir l’un de ses véhicules de formation du système Joysteer grâce à l’appui des dons à la Fondation Habilitas.