La télésanté pour réduire l’isolement des aînés

Dre Blanca Vacaflor
Dre Blanca Vacaflor

La crise de santé mentale chez les personnes âgées est l’une des répercussions les plus négligées de la pandémie du coronavirus. Les mesures de distanciation sociale visant à atténuer la propagation de la COVID-19 ont accentué l’isolement et, par conséquent, les symptômes d’anxiété et de dépression.

« Nous savons que les personnes âgées sont plus gravement touchées par cette crise puisqu’elles sont déjà souvent sujettes à l’isolement », a déclaré la docteure Blanca Vacaflor, résidente en gérontopsychiatrie à l’HGJ.

« De plus, elles sont les plus exposées au risque de mortalité liée à la COVID-19. Compte tenu de ces facteurs, nous avons entrepris un essai clinique unique en son genre pour aider à atténuer le stress decette population. »

Sous la direction de la docteure Syeda Bukhari, boursière postdoctorale, et du docteur Soham Rej, gérontopsychiatre à l’HGJ et chercheur à l’Institut Lady Davis, le Programme d’intervention en télésanté pour briser l’isolement des personnes âgées (Telehealth Intervention Program for Isolated Older Adults ou TIP-OA) a été mis sur pied.

Étant donné qu’il dessert le plus grand nombre de personnes âgées de la province, le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal est l’endroit idéal pour procéder à une évaluation de nouvelles méthodes de prestation de services à ces personnes, fondée sur des données probantes.

Les clients qui sont dirigés vers le programme TIP-OA recevront des appels téléphoniques hebdomadaires de bénévoles qui offrent une oreille attentive et des encouragements.

Les bénévoles, dont beaucoup ont été recrutés par l’entremise de la Fondation de l’HGJ, ne sont pas des professionnels en psychiatrie. Ils ne sont pas là non plus pour fournir des conseils cliniques. Leur rôle consiste à atténuer le sentiment de solitude du client en leur offrant un soutien amical et en contribuant à déterminer si leurs besoins fondamentaux, comme l’accès aux médicaments, à de la nourriture et à des soins de santé, sont satisfaits.

« Avant la pandémie, les personnes âgées pouvaient au moins sortir pour faire de l’exercice, magasiner, participer à des activités communautaires, mais maintenant on leur dit de s’isoler et de s’abstenir de voirleurs proches afin de préserver leur santé physique », souligne Dre Vacaflor.

« Alors, qu’en est-il de leur santé mentale? C’est là que l’intervention de nos bénévoles peut aider. Comme le danger que représente le virus pour les personnes âgées ne diminuera pas à court terme, nous prévoyons que le programme TIP-OA perdurera après la fin de la pandémie. »

En ce moment, la participation se fait par l’intermédiaire de références de cliniciens dans l’ensemble du CIUSSS (ex., les unités COVID positives, les autres unités de soins de l’HGJ, les établissements de soins de longue durée [CHSLD, RI et résidences privées] et les CLSC).

Cependant, nous avons pour objectif d’élargir le projet pour permettre à quiconque croyant pouvoir bénéficier du projet, peu importe leur lieu de résidence, de s’inscrire. Les bénévoles sont soigneusement jumelés avec les clients en fonction de leurs aptitudes et de leur expérience afin d’attribuer les cas les plus sensibles à ceux qui sont les mieux outillés pour les aider. Le programme vise à rejoindre 1000 personnes âgées et plus, si le financement augmente.

« L’objectif est d’insuffler un sentiment de solidarité humaine qui va bien au-delà des soins cliniques », a déclaré la docteure Vacaflor. « Il est essentiel pour le bien-être et la qualité de vie deces personnes âgées de réaliser qu’elles ne sont pas seules et qu’il y a toute une communauté qui s’intéresse à leur bien-être. »

La Division de gérontopsychiatrie prévoit aussi effectuer un projet pilote portant sur une thérapie de groupes pouvant atteindre une douzaine de participants par l’entremise du service de vidéoconférence Zoom.

Les groupes seront animés par un clinicien et il s’agira d’une adaptation d’interventions normalement réalisées en personne. Parmi les types d’interventions, on y retrouvera la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, les groupes de soutien sur les compétences de vie, les groupes de thérapie basée sur la résolution de problèmes et/ou les groupes de soutien psychosocial.

On s’attend à ce que les interventions de télésanté permettent d’améliorer l’accès aux services de santé mentale au-delà des besoins liés à la pandémie actuelle.