La pandémie motive les sages-femmes à ‘donner naissance’ à de nouveaux services de télésanté

Le confinement de la COVID-19 a commencé peu de temps après que Nicole-Ann Shery (à droite) ait accouché de Kayla, le 3 mars. Elle a tiré parti de la télésanté pour rester en contact avec sa sage-femme, Kathleen McDonald (en haut de l’escalier), ici à la Maison de naissance Côte-des-Neiges en compagnie des sages-femmes Yvette Munezero (au centre) et Maëcha Nault, responsable des Services de sages-femmes. (Photo à gauche avec l’autorisation de Reina Price.)
Le confinement de la COVID-19 a commencé peu de temps après que Nicole-Ann Shery (à droite) ait accouché de Kayla, le 3 mars. Elle a tiré parti de la télésanté pour rester en contact avec sa sage-femme, Kathleen McDonald (en haut de l’escalier), ici à la Maison de naissance Côte-des-Neiges en compagnie des sages-femmes Yvette Munezero (au centre) et Maëcha Nault, responsable des Services de sages-femmes. (Photo à gauche avec l’autorisation de Reina Price.)

À la mi-avril, six semaines après avoir accouché, Nicole-Ann Shery berce sa fille, Kayla, assise devant l’écran de son ordinateur pour sa dernière visite post-partum –  joyeuse et larmoyante – avec Kathleen McDonald, la sage-femme qui l’a accompagnée tout au long de sa grossesse.

En compagnie de son conjoint, James Dylan, Madame Shery s’est connectée à Madame McDonald par le biais d’une vidéoconférence sur Zoom, au cours de laquelle elle a pu fièrement montrer à sa sage-femme à quel point Kayla se portait bien.

« J’aurais bien aimé être là avec Kathleen et la voir tenir Kayla dans ses bras, mais la COVID-19 nous a séparées, » dit Madame Shery. « Au moins, nous avions Zoom; sinon, cela n’aurait pas été la même chose. »

Le lien solide qui existe entre Madame Shery et Madame McDonald s’est d’abord tissé en personne, pendant les mois qui ont précédé la naissance de Kayla, le 3 mars, quand le spectre du coronavirus n’était encore qu’une menace lointaine.

Cependant, quand la COVID-19 a commencé à obliger les Montréalais à rester à leur domicile, la mère et la sage-femme ont dû compter sur la télésanté pour rester en contact.

« Je ne sais pas si quelque chose peut compenser le manque de contact en personne », dit Madame Shery, « mais, quand nous nous sommes vues à la fin, c’était presque comme si nous étions ensemble physiquement. Je suis reconnaissante d’avoir eu cette possibilité ».

« Normalement, les consultations prénatales nous permettent d’établir une relation interpersonnelle avec les membres de la famille, »dit Madame McDonald. « Ils parlent ouvertement avec nous de leurs craintes, et nous pouvons les préparer à quoi ils doivent s’attendre de manière réaliste pendant le travail, l’accouchement et la nouvelle parentalité. »

« Même si la pandémie nous a obligés à faire certains changements majeurs, la vidéoconférence a été d’une aide précieuse. Nous pouvons encore inclure le partenaire, observer l’interaction non verbale entre les parents et avoir des rendez-vous comportant une touche personnelle. »

Quand la crise a commencé, les cours prénataux ont été suspendus temporairement, explique Maëcha Nault, responsable des Services de sages-femmes à la Maison de naissance Côte-des-Neiges.

Cependant, dit-elle, quand la situation se sera stabilisée, les cours seront de nouveau donnés en personne, parce que « nos clients apprécient l’interaction avec les autres familles qui sont dans la même situation. ».

Avant la COVID-19, la télémédecine était relativement rare, non seulement dans les Centres du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, mais à l’échelle du Québec. Selon le Dr Justin Cross, directeur de la santé numérique au CIUSSS, cette rareté était attribuable au refus du ministère de la Santé et des Services sociaux de rembourser la plupart des activités effectuées en télésanté.

Le moment décisif a eu lieu en février, peu de temps avant que la pandémie de la COVID-19 ne frappe la province. Le ministère a compris que pour prévenir la propagation du virus, la plupart des patients (et plusieurs membres du personnel, y compris certains cliniciens) devaient rester loin des hôpitaux et de certains autres centres de soins de santé.

Ainsi, agissant rapidement, le gouvernement a « approuvé les remboursements généralisés pour la plupart des services que les médecins prodiguaient par vidéo ou par téléphone », ajoute le Dr Cross.

Néanmoins, la Maison de naissance Côte-des-Neiges devait partir de zéro, explique Madame Nault, car, contrairement à d’autres centres du CIUSSS, nous n’avions jamais utilisé la télésanté avant la pandémie.

La télésanté, et plus particulièrement l’aspect vidéo, a suscité l’intérêt aussi bien des clientes que des membres du personnel, puisqu’elle « permet de recueillir beaucoup d’information sur la santé du bébé, comme la couleur de la peau, qui peut changer dans un cas de jaunisse ».

« De plus, la vidéo est vraiment utile pour donner des conseils d’allaitement, car nous pouvons observer l’interaction entre le bébé et la mère. »

Madame McDonald affirme que la vidéo permet même de voir toute une gamme d’indices visuels subtils au sujet du niveau général de confort physique et psychologique de la mère après l’accouchement.

Madame Nault dit que plusieurs services traditionnels de la Maison de naissance Côte-des-Neiges reprendront probablement après la pandémie de la COVID-19. Toutefois, elle ajoute qu’il ne fait aucun doute que la télésanté restera présente.

Par exemple, explique-t-elle, « nous pourrions utiliser Zoom si une femme enceinte communique avec nous pour une question urgent et que nous devons déterminer s’il s’agit d’un problème réel ».

Madame McDonald note aussi que puisque plusieurs clients voyagent pendant leur grossesse, « Zoom est la manière idéale de rester en contact avec elles s’il y a un problème quand elles sont à l’autre bout du monde ».

« Avec la télésanté, la sage-femme devra peut-être faire un peu plus d’efforts pour établir une relation avec la future mère et la famille », explique Madame Nault, « mais la télésanté est rapidement devenue un autre moyen pratique de fournir aux mères l’appui dont elles ont besoin. C’est la raison pour laquelle je pense que cette démarche est bien enracinée. »