Disparu, mais toujours présent : un préposé aux bénéficiaires bien-aimé honoré par ses collègues

La récréothérapeute Wendy Foster (à gauche) et la PAB Lucy-Ann Ferguson devant la plaque à la mémoire d’Ezra Jeffrey
La récréothérapeute Wendy Foster (à gauche) et la PAB Lucy-Ann Ferguson devant la plaque à la mémoire d’Ezra Jeffrey

Après le décès d’Ezra Jeffrey des suites de la COVID-19, ses collègues se sont assuré que sa mémoire reste vivante

Erza Jeffrey, décédé le 21 mai des suites de la COVID-19
Erza Jeffrey, décédé le 21 mai des suites de la COVID-19

Ezra Jeffrey était un BAP qui pensait aux autres avant de penser à lui-même. Il apportait toujours un café supplémentaire pour un collègue. Il partageait son repas si un collègue avait oublié le sien. Et, lors de la réunion annuelle du temps des Fêtes, il s’assurait de danser avec les résidents et de les faire rire.  

Et quand le coronavirus a frappé au printemps, cet employé, âgé de 71 ans, du Centre d’hébergement Saint-Margaret a fait ce qu’il jugeait naturel de faire : plutôt que de prendre sa retraite comme il l’aurait pu, il est resté pour aider.   

Jusqu’à ce que, soudainement, ce soit lui qui ait besoin d’aide.

En avril, après avoir prodigué des soins à un résident, M. Jeffrey est tombé malade. Comme il n’avait plus d’appétit et se sentait apathique, il a décidé de rentrer chez lui.

Cinq semaines plus tard, M. Jeffrey était mort. Le PAB avait succombé des suites de la COVID-19.

« Mon père était un héros », dit sa fille, Amy Jeffrey. « Il comprenait les risques. Mais, il m’a dit qu’il voulait être présent pendant la crise pour aider autant qu’il le pouvait. Il adorait son travail et s’occupait toujours des autres ».

Le décès de M. Jeffrey a bouleversé ses collègues du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Au fil des ans, il avait gagné la confiance des dirigeants et des membres du personnel du Centre d’hébergement Saint-Margaret en raison de sa gentillesse et de son dévouement. Ils ont insisté pour qu’il ne soit pas oublié.

Aujourd’hui, chaque personne qui entre dans la résidence pour personnes âgées de l’avenue Hillside, à Westmount, se souvient de M. Jeffrey, grâce à la bannière placée au-dessus d’une porte double dans le hall d’entrée principale : EZRA P. JEFFREY STAFF LOUNGE (SALON DES EMPLOYÉS EZRA P. JEFFREY)

À côté de la porte, une plaque comporte la photographie de M. Jeffreys et les mots « À la douce mémoire de notre PAB. Son dévouement, sa conviction et son sourire éclatant pendant ses 14 années de services resteront à jamais et feront partie intégrante du Centre d’hébergement Saint-Margaret ».

Ces hommages ont été dévoilés lors d’une cérémonie qui a eu lieu le 17 juin. Toutes les personnes présentes portaient un brassard noir comportant un petit arc-en-ciel. Les membres du personnel, qui avaient organisé une collecte de fonds, ont remis à la famille de M. Jeffrey un cartable rempli de témoignages rédigés sur des fiches.

Les mots décrivent un homme dont le caractère se manifestait par de petits gestes quotidiens. La PAB Lucy-Ann Ferguson, une collègue au Centre d’hébergement Saint-Margaret et une amie du défunt se souvient que M. Jeffrey vérifiait comment elle allait tous les jours quand elle était malade, et qu’il insistait pour raccompagner ses collègues à la maison ou à la station de métro s’ils avaient besoin d’être conduits. Viki Doucette, une infirmière et chef d’Unité au Centre d’hébergement Saint-Margaret, se souvient de trouver sa voiture déneigée pendant l’hiver. Elle a découvert par la suite que M. Jeffrey sortait discrètement pour le faire.

« C’était un amour. Il était comme le papa de chacun de nous », ajoute Madame Doucette. « Son décès a été un choc, qui nous a montré combien la vie est précieuse ».

Selon les membres du personnel, sa disparition souligne aussi les sacrifices que font les travailleurs de la santé pendant la pandémie de la COVID-19. « Je compare son décès à celui d’un soldat mort à la guerre », déclare la récréothérapeute Wendy Foster, qui a organisé l’hommage à M. Jeffrey avec Madame Doucette et Madame Ferguson. « Nous étions et sommes encore en guerre, une guerre pour laquelle personne ne s’est porté volontaire. Nous avons tous été enrôlés, et M. Jeffrey a payé de sa vie ».

Le Dr Lawrence Rosenberg, président-directeur général de notre CIUSSS, a envoyé une lettre de condoléances à la famille de M. Jeffrey, dans laquelle il loue les soins consciencieux et compatissants que M. Jeffrey prodiguait aux résidents. « Son désir profond d’aider les autres, la marque d’un travailleur de la santé véritablement dévoué, était illustré par sa détermination à rendre service, même s’il aurait pu prendre une retraite complète et bien méritée ».

Ces hommages ont apporté un certain réconfort à la famille endeuillée de M. Jeffrey, qui a également reçu des appels téléphoniques de la part des familles des résidents, certains d’entre eux provenaient d’aussi loin que l’Ontario. « Ces témoignages montrent l’incidence que mon père a eue sur ces collègues, sur les résidents et sur l’ensemble des employés de l’installation », ajoute Madame Jeffrey. « Et cela me fait chaud au cœur ».

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