De l’Hôpital général juif à l’Hôtel de Ville

La mairesse Gracia Kasoki Katahwa
La mairesse Gracia Kasoki Katahwa

Comment les soins infirmiers ont ouvert la voie à la mairie pour Gracia Kasoki Katahwa

Lorsque Gracia Kasoki Katahwa travaillait à l’Hôpital général juif, sa supérieure immédiate a prédit que la jeune infirmière deviendrait un jour ministre de la Santé et des Services sociaux.

« Elle défendait ses idées et faisait preuve de beaucoup de leadership », se souvient Mona Abou Sader, l’infirmière-chef de Madame Katahwa. « Quand elle était convaincue de quelque chose, rien ne l’arrêtait. Je lui ai dit à plusieurs reprises que je la voyais bien comme future ministre de la Santé et des Services sociaux. »  

La mairesse Gracia Kasoki Katahwa vaccine un membre du public au Centre communautaire Saint-Raymond, le 1er février.
La mairesse Gracia Kasoki Katahwa vaccine un membre du public au Centre communautaire Saint-Raymond, le 1er février.

Cette infirmière dynamique n’a pas encore accédé à un poste ministériel, mais elle a déjà remporté un succès politique important : elle a été élue mairesse de l’arrondissement Côte-des-Neiges—Notre-Dame-de-Grâce l’automne dernier, et écrit ainsi une page d’histoire en devenant la première femme noire à diriger un arrondissement de Montréal.

La mairesse Katahwa dit que son cheminement vers la direction de l’arrondissement le plus populeux de la ville a été forgé au chevet des patients et dans les couloirs de l’HGJ, où elle a été embauchée en 2009 ou où elle a travaillé pendant plus de dix ans.

« Les années que j’ai consacrées aux Soins infirmiers à l’Hôpital général juif m’ont bien préparée à mon rôle de mairesse », a-t-elle déclaré lors d’une entrevue accordée à l’Infolettre 360°. Dès qu’elle est entrée au service de l’HGJ, dit-elle, elle a compris qu’une grande importance était accordée au leadership des infirmières dans le domaine des soins de santé.

« Je le répète chaque fois que je le peux : j’ai peaufiné mon rôle de leadership infirmier en raison de la culture qui règne à l’Hôpital général juif, où les infirmières sont au cœur des soins de santé et qu’elles jouent un rôle de défenseurs des patients et de leurs familles », dit-elle.

« Les années que j’ai consacrées aux Soins infirmiers à l’Hôpital général juif m’ont bien préparée à mon rôle de mairesse. »

La mairesse Gracia Kasoki Katahwa

Selon la mairesse Katahwa, il y a des qualités communes entre une infirmière et une politicienne. Ce sont deux rôles qui exigent d’avoir de l’empathie, de bien écouter et de tisser des partenariats afin de trouver des solutions et de fournir des services. En février, ces deux rôles se sont rejoints quand elle a administré des vaccins contre la COVID-19 dans un centre communautaire de la région desservie par le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

« Je suis la mairesse, mais je reste infirmière », précise-t-elle.

Après avoir obtenu son diplôme du programme de Soins infirmiers à l’université Laval, la mairesse Katahwa a été embauchée à l’HGJ par Madame Abou Sader. Elle a d’abord travaillé pendant plus de huit ans à titre d’infirmière clinicienne au sein de l’Unité de chirurgie ORL, vasculaire et thoracique, et ensuite pendant deux ans au Service de prévention et contrôle des infections. Pendant ce temps, elle a également obtenu une maîtrise en administration publique.

Adila Zahir, chef de Service, Prévention et contrôle des infections, se souvient elle aussi du leadership de la mairesse Katahwa, qui a notamment dirigé une initiative sur l’hygiène des mains. « Elle s’est battue pour de bonnes causes et était très déterminée. Elle possédait également un esprit d’équipe solide et apportait une énergie positive à l’équipe », explique Madame Zahir.

Outre les compétences acquises, les années passées à l’HGJ ont laissé une impression durable à la mairesse Katahwa pour la manière dont la diversité est embrassée et est bénéfique à tous.

« À l’Hôpital général juif, j’ai toujours été reconnaissante de la possibilité de travailler ensemble pour le bien commun, peu importe l’origine, à quoi on ressemble, la religion ou la langue parlée », ajoute la mairesse Katahwa. « Chaque personne se concentre sur le bien-être du patient et de sa famille, et met toutes les différences possibles de côté pour atteindre cet objectif. »

Cet état de fait se traduit par une chose aussi simple que de voir une personne parler à un patient dans sa langue maternelle. « Ainsi, un PAB philippin parle à une patiente jamaïcaine qui parle le patois ou l’anglais… les accents sont parfois différents, mais tous s’efforcent d’essayer de se comprendre. »

Elle souligne : « C’est un bel exemple de ce que, personnellement, je souhaiterais que nous atteignions à titre de société. »

« À l’Hôpital général juif, j’ai toujours été reconnaissante de la possibilité de travailler ensemble pour le bien commun, peu importe l’origine, à quoi on ressemble, la religion ou la langue parlée. »

La mairesse Gracia Kasoki Katahwa

L’élection de la mairesse d’origine congolaise a suscité beaucoup d’intérêt. À la suite de la victoire de Madame Katahwa, en novembre, Benoît-Pierre Laramée, ambassadeur du Canada auprès de la République démocratique du Congo, a envoyé le message tweet suivant : « Félicitations à Gracia Kasoki Katahwa pour sa victoire aux élections municipales à Montréal. Une infirmière d’origine congolaise qui fait l’histoire. »

La mairesse Katahwa dit qu’elle espère que sa victoire sera une source d’inspiration pour d’autres personnes, et qu’elle ‘normalisera’ la présence de minorités visibles à des postes de pouvoir. Elle ajoute que bien qu’elle a été l’objet de discrimination et de racisme systémique au fil des ans, elle a pu atteindre ses objectifs. « Je ne veux pas dire que c’est facile. Mais, au bout du compte, c’est possible. »

Néanmoins, elle espère voir les organisations offrir davantage de possibilités de gravir les échelons aux minorités, pour que « la diversité soit visible à tous les niveaux », explique-t-elle.

Quant à la prédiction de Madame Abou Sader selon laquelle la mairesse Katahwa deviendrait un jour ministre au sein du gouvernement, cette dernière se souvient en riant des paroles de son infirmière-chef.

« Elle se doutait bien que j’allais finir en politique », note la mairesse Katahwa, avant d’ajouter qu’elle souhaite se concentrer sur les besoins de son arrondissement pour le moment. « Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, mais je suis bien heureuse là où je suis actuellement. Il y a beaucoup de projets, et de défis à relever, et je suis ravie de pouvoir y contribuer. »