De la panique à la fierté : les professionnels en réadaptation remettent sur pied les patients contaminés par la COVID-19

Les membres de l’équipe de réadaptation de l’Hôpital Catherine Booth ont placé leur photo sur leurs blouses protectrices pour les aider à tisser des liens avec les patients. Devant, de gauche à droite : Stéphanie Sens et Clara Del Degan. Derrière, de gauche à droite : Julianne Noseworthy, Gabrielle Gaudreault-Malépart et Jenny Do
Les membres de l’équipe de réadaptation de l’Hôpital Catherine Booth ont placé leur photo sur leurs blouses protectrices pour les aider à tisser des liens avec les patients. Devant, de gauche à droite : Stéphanie Sens et Clara Del Degan. Derrière, de gauche à droite : Julianne Noseworthy, Gabrielle Gaudreault-Malépart et Jenny Do

Pour se concentrer sur l’aspect humain des soins, les membres du personnel ont collé des photos de leurs visages sur leurs blouses protectrices

En avril, quand l’infirmière Suzanne Djomkam a été avisée qu’elle travaillerait avec des patients contaminés par la COVID-19, sa première réaction a été de paniquer. « J’étais en état de choc. J’avais peur d’être contaminée et de contaminer ma famille ».

Deux mois et demi plus tard, cette infirmière en réadaptation à l’Hôpital Catherine Booth dit que c’est l’une des meilleures choses qu’elle ait faites dans sa vie.

Son changement d’avis reflète la transformation remarquable qui a eu lieu au sein du personnel de l’Hôpital Catherine Booth pendant la pandémie du coronavirus. À la mi-avril, ce centre de réadaptation de notre CIUSSS, qui est temporairement hébergé à l’Hôpital général juif, a été désigné comme centre de traitement de la COVID-19 par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

Suzanne Djomkam et Julianne Noseworthy
Suzanne Djomkam et Julianne Noseworthy

En une semaine environ, les membres du personnel de l’Hôpital Catherine Booth ont dû transférer les patients non contaminés par la COVID-19, se préparer à recevoir des patients contaminés et s’adapter à prodiguer des soins de réadaptation dans une zone chaude (rouge). Et, jour après jour, le personnel a été à l’avant-garde de cette transformation.

« Les membres de l’équipe ont relevé ces nouveaux défis d’une manière exceptionnelle », de dire Sharon O’Grady, coordinatrice des soins infirmiers en réadaptation à l’Hôpital Catherine Booth. « Ce changement a d’abord été un choc, mais ensuite ils se sont tous mis à l’œuvre ». 

Selon Kinsley Adakalum, infirmier-chef intérimaire, cette expérience constitue une leçon précieuse au moment où le réseau de santé est confronté à la possibilité d’une deuxième vague du virus.

« Ce que l’équipe a accompli avec très peu de préavis est incroyable », dit-il. « Nous en sortons plus fort. Nous avons vu le potentiel de chacun, et savons que nous pouvons compter sur eux ».  

Le changement est un état constant à l’Hôpital Catherine Booth. En effet, l’an dernier, les activités ont été transférées au quatrième étage des pavillons C et D à l’HGJ, pendant la rénovation des installations du centre de réadaptation de Notre-Dame-de-Grâce. Et, à la mi-avril, le personnel a dû s’adapter rapidement à composer avec de lourdes responsabilités en raison de la pandémie de la COVID-19.

Pendant tout ce temps, l’équipe a continué d’aider les patients à se rétablir des suites d’une fracture de la hanche, d’un pontage cardiaque ou, dans le cadre d’un nouveau mandat, d’un accident vasculaire cérébral.  

Mais, dorénavant, ces patients devaient inclure également ceux qui étaient contaminés par la COVID-19. Ce virus est notoire pour attaquer plusieurs systèmes d’organes, et la réadaptation joue un rôle décisif pour aider les patients à retrouver leur mobilité et leur force.  

Les membres de l’équipe, soit physiothérapeutes, préposés aux bénéficiaires, travailleuses sociales et les autres professionnels essentiels de l’Hôpital Catherine Booth, ont appris à effectuer leurs tâches vêtus d’un équipement de protection individuelle encombrant, et à respecter des protocoles stricts et changeants.  

Malgré tout, ils ont continué à se concentrer sur les soins. Certains patients pouvaient avoir présenté des signes de contamination au virus pendant leur hospitalisation pour un accident vasculaire cérébral, par exemple; d’autres pouvaient avoir contracté la COVID-19 dans la communauté et, après un séjour prolongé aux soins intensifs, avoir eu besoin de réadaptation avant de quitter l’hôpital.  

« Les membres du personnel se sont toujours d’abord souciés des patients et ils ont concentré leur attention sur l’aspect humain », explique Dorianne Lee Chong, chef d’administration de programme (intérimaire) à l’Hôpital Catherine Booth. Ils ont même adopté la démarche novatrice de placer une photo de leur visage sur leurs blouses protectrices pour que les patients puissent voir la personne derrière le masque et l’écran facial.

De plus, les membres de l’équipe étaient conscients que les patients, dont plusieurs étaient des personnes âgées, avaient été séparés de leurs familles depuis longtemps. « Nous voulions faire preuve d’empathie pour les aider pendant ces moments difficiles », ajoute Julianne Noseworthy, l’une des ergothérapeutes. « En fin de compte, cela nous a aidés à composer avec nos propres moments difficiles ».

L’appui de nos collègues et de nos gestionnaires, qui nous ont offert de la formation et prêté une oreille attentive, nous a également aidés, précise-t-elle. « Au début, la nervosité et l’anxiété étaient évidentes, mais l’appui de l’équipe et des gestionnaires nous avait très bien préparés, et c’est ce qui a atténué nos inquiétudes. Nous nous sommes regroupés. Je me suis sentie rassurée ».

Au fur et à mesure que la crise de la COVID-19 s’estompe, les membres du personnel font le point sur leur expérience. Madame Djomkam se dit heureuse d’avoir surmonté ses craintes initiales; elle a maintenant le sentiment d’avoir fait une différence. 

« Je suis fière de dire que je l’ai fait. Nous n’avons pas tous eu la possibilité de travailler avec des patients contaminés par la COVID-19 », dit-elle. « Je l’ai affronté et j’ai le sentiment d’avoir contribué pendant la crise. D’une certaine manière, nous sommes devenus des héros ».

Quelle leçon en tire-t-elle? « Parfois il faut oser! »