Comment la COVID-19 a soudainement fait passer la télésanté d’une vision futuriste à une réalité quotidienne

Les membres de l’équipe de Santé numérique se réunissent en ligne pour une vidéoconférence. En haut, de gauche à droite : Michael Shulha, le Dr Justin Cross et Sabine Cohen. En bas, de gauche droite : Danina Kapetanovic, Anna D’Ambra et William Laurin (du Centre de support, télésanté).
Les membres de l’équipe de Santé numérique se réunissent en ligne pour une vidéoconférence. En haut, de gauche à droite : Michael Shulha, le Dr Justin Cross et Sabine Cohen. En bas, de gauche droite : Danina Kapetanovic, Anna D’Ambra et William Laurin (du Centre de support, télésanté).

Selon les spécialistes, les écrans et les téléphones resteront des éléments essentiels après la pandémie de la COVID-19

Imaginez… utiliser un ordinateur et une webcam pour diagnostiquer à distance une maladie grave. Ou, donner des conseils d’allaitement à une nouvelle mère. Ou encore, aider un adolescent stressé à gérer son anxiété.

C’était un rêve grandiose. Mais, même quand le calendrier est passé de 2019 à 2020, ce rêve semblait encore insaisissable et futuriste.

En théorie, effectuer des évaluations, des bilans de santé et des suivis psychologiques à grande échelle quand le spécialiste est dans un endroit et l’usager est dans un autre semblait n’être qu’une question de temps.

Mais, de combien de temps? Combien de temps faudrait-il, en étant réaliste, pour surmonter les obstacles techniques, obtenir l’approbation du gouvernement et gagner la confiance des membres du public?

Personne ne le savait vraiment.

Et, au début du mois de mars, le futur est devenu réalité. Quand le confinement a été imposé en raison de la COVID-19, le mot d’ordre a été donné : il fallait mettre en œuvre la télésanté – immédiatement!

Soudainement, les membres du personnel dans les installations du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal s’efforçaient de trouver des solutions qui permettraient aux usagers des soins de santé de recevoir l’attention dont ils avaient besoin tout en étant isolés et en sécurité à leur domicile.

« La COVID-19 a assurément été un catalyseur des changements dont nous parlions et que nous envisagions depuis longtemps », dit le Dr Justin Cross, directeur de la santé numérique au CIUSSS.

« Bien sûr, la pandémie n’est pas le catalyseur que nous voulions. Mais il est indéniable qu’elle nous a incités à nous engager dans la direction où nous devions aller. »

En quelques jours, les nouveaux services de télésanté ont été créés, tandis que les programmes existants étaient élargis et consolidés. Parmi les plus importants, citons :

« Bien que l’usager et le professionnel de la santé soient loin l’un de l’autre, le lien entre eux reste solide », dit le Dr Lawrence Rosenberg, président-directeur général du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. « La télésanté donne aux usagers l’assurance que leurs besoins peuvent être comblés rapidement et de manière satisfaisante. »

Anna D’Ambra, pilote clinique en télésanté au CIUSSS et analyste spécialisée en Informatique clinique auprès de l’Équipe de santé numérique, note que certains services de télésanté existaient déjà avant la COVID-19.

Toutefois, dit-elle, la plupart des patients devaient se rendre à une installation de soins de santé pour se connecter par vidéo avec le professionnel médical.

L’une des raisons clés de la rareté de la télémédecine, explique le Dr Cross, était que le ministère de la Santé et des Services sociaux refusait d’approuver les remboursements aux médecins pour la plupart des activités en télésanté.

Le moment décisif a eu lieu en février, peu de temps avant que la pandémie de la COVID-19 ne frappe la province. Le ministère a compris que pour prévenir la propagation du virus, la plupart des patients (et plusieurs membres du personnel, y compris certains cliniciens) devaient rester loin des hôpitaux et de certains autres centres de soins de santé.

Ainsi, agissant rapidement, le gouvernement a « approuvé les remboursements généralisés pour la plupart des services que les médecins prodiguaient par vidéo ou par téléphone », ajoute le Dr Cross.

À ce stade, l’Équipe de santé numérique était en place depuis quelques mois et les membres avaient le mandat de concrétiser la vision du Dr Rosenberg : faire en sorte que les soins de santé puissent être prodigués aux usagers quel que soit le lieu où ils se trouvent – en substance un hôpital à domicile.

Sabine Cohen, directrice adjointe de la Santé numérique, est notamment chargée du domaine crucial de la sécurité de l’information, et elle a été d’un apport clé pour que l’équipe puisse travailler rapidement. De plus, Madame Cohen a assuré la liaison avec le ministère de la Santé et des Services sociaux pour l’implantation d’une version Zoom munie d’une sécurité accrue.

« Nous ne disons pas, et nous n’avons jamais dit que les visites en personnes cesseront », insiste le Dr Cross. « Dans plusieurs cas, le patient a besoin d’un examen physique ou sa présence en personne est indispensable pour établir une relation avec le professionnel de la santé ».

« Nous disons cependant que plusieurs visites en personnes ne sont pas nécessaires. Un grand nombre de problèmes sont simples et peuvent facilement être soignés à distance. »

Michael Shulha, directeur associé de la Santé numérique,  explique que « les cliniciens nous ont également dit que les patients aimaient pouvoir rencontrer leur professionnel de la santé sans devoir s’absenter de leur travail, chercher une place de stationnement coûteuse, ou trouver une gardienne d’enfants. »

La Dre Nathalie Saad, qui défend ardemment la télésanté, a commencé à utiliser la technologie numérique dès 2017 pour mettre son expertise en réadaptation pulmonaire à la disposition des patients de l’ensemble du Québec.

Aujourd’hui, outre ses fonctions de pneumologue à l’HGJ et de directrice du Programme de réadaptation pulmonaire pour les patients externes à l’Hôpital Mont-Sinaï, elle est la médecin-championne de la télésanté du CIUSSS.

L’objectif permanent de la Dre Saad est de fournir un soutien à l’échelle du Québec aux personnes qui ont besoin d’aide pour gérer leur MPOC, la première cause des visites récurrentes au Département de l’urgence.

Depuis 2017, ce Programme de réadaptation télépulmonaire a aidé plus de 300 patients dans sept centres, certains dans la région de Montréal (Verdun, Joliette) et d’autres plus éloignés (Abitibi, Outaouais, Lanaudière).

« La plus grande différence depuis le 11 mars est que maintenant, nous pouvons réellement joindre les patients à leur domicile », explique la Dre Saad. « En raison de la pandémie, nous avons adapté notre Programme pour être en mesure de fournir des directives à nos patients et de leur faire faire de l’exercice à la maison ».

 « Toutefois, nous devons cesser de considérer la télémédecine comme étant différente d’une clinique habituelle. Cela signifie qu’il faut des rendez-vous, une structure, des suivis systématiques, pouvoir obtenir les résultats des tests et, s’il y a lieu, être suffisamment souple pour voir les patients en personne à la clinique. »

L’équipe de santé numérique du CIUSSS cherchera des manières, certaines imprévisibles auparavant, d’utiliser la télésanté à des fins complètement nouvelles, de dire Danina Kapetanovic, qui est à la tête du Programme d’innovation et d’entrepreneuriat au bureau du président-directeur général.  

« La télésanté n’est pas restreinte à une visite par le biais d’un lien vidéo », ajoute Anna D’Ambra. « Ce que nous voyons maintenant n’est qu’un début, un avant-goût d’un avenir très proche et un aperçu de ce que cet avenir nous réserve. »