Une première au Québec : formation médecin-infirmier-ère pour améliorer les soins aux patients

Le Dr Gad Friedman traite de questions de gastroentérologie avec Mildred Clément (à gauche) et Joanne Scullion, infirmières en endoscopie.
Le Dr Gad Friedman traite de questions de gastroentérologie avec Mildred Clément (à gauche) et Joanne Scullion, infirmières en endoscopie.

La relation professionnelle entre les médecins et les infirmiers et infirmières prend une toute nouvelle dimension au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal grâce à une initiative—la première en son genre au Québec—dans le cadre de laquelle un gastroentérologue enseigne au personnel infirmier les rudiments de sa spécialité afin d’améliorer la qualité des soins aux patients.

Voir des médecins faire des tournées avec des résidents et étudiants est pratique courante, surtout dans les hôpitaux d’enseignement comme l’Hôpital général juif, mais les voir transmettre leur savoir spécialisé à des infirmiers et infirmières était impensable—du moins jusqu’à maintenant.

L’ère où le personnel infirmier et les professionnels paramédicaux étaient souvent considérés comme inférieurs aux médecins est révolue. Aujourd’hui, même si les médecins restent indiscutablement maîtres de leur spécialité, ils font partie d’une équipe de soins de santé multidisciplinaire qui compte sur l’apport unique et précieux de chacun de ses membres pour assurer le bien-être du patient.

Un médecin affilié à l’HGJ a entrepris de partager son expertise, conformément à l’un des principes directeurs du CIUSSS, soit de fournir la plus grande qualité de soins aux patients – et plus novatrice est la démarche, plus elle est prisée.

Le Dr Gad Friedman, gastroentérologue à l’HGJ, a proposé il y a sept ans à la direction des Services infirmiers de l’Hôpital l’idée d’offrir aux infirmiers-ères une formation générale dans sa spécialité. « Le travail des membres de l’équipe de gastroentérologie est quelque peu unique en ce sens qu’ils se retrouvent un peu isolés dans un monde technique, d’où la nécessité d’élargir leurs connaissances », explique-t-il.

De la salle de conférence au chevet du patient

Ayant cerné le besoin de cours plus théoriques spécialisés pour les 16 infirmiers et infirmières de l’équipe, le Dr Friedman conçoit un programme de 37 conférences matinales facilement digestibles pour consolider leur formation clinique. Les cours s’articulent autour des différents organes du système digestif, par exemple l’œsophage. Ils commencent par l’étude de la physiologie et de l’anatomie de l’organe, suivie d’un examen des maladies qui lui sont associées, allant des plus bénignes, comme le reflux acide, aux plus graves, comme le cancer.

Le contenu du cours, qui prend la forme d’une vidéo qu’on peut facilement revoir à sa guise, est envoyé par courriel aux participants avant la classe. Le programme s’étend sur quatre ans et le Dr Friedman donne huit conférences par année à l’HGH. Le cours, désormais accrédité, se termine par un jeu-questionnaire de type ‘Jeopardy’ visant à vérifier les connaissances des infirmiers-ères, qui doivent par ailleurs répondre à un examen à la fin de chaque conférence.

« Bien que la formation du personnel infirmier soit assez exhaustive en ce qui concerne les techniques requises pour seconder les médecins, les examens endoscopiques par exemple, elle comportait des lacunes au niveau des descriptions des maladies, explique le Dr Friedman. Plus le personnel infirmier élargit ses connaissances médicales sur les affections et problèmes gastroentérologiques, plus il est en mesure de venir en aide directement aux patients. » En effet, le Dr Friedman confirme avoir vu l’équipe traiter plus efficacement les complications que peut subir un patient pendant une intervention. Il souligne aussi que les infirmiers-ères sont plus à même de soulager la douleur d’un patient pendant une colonoscopie ou d’intervenir en cas de perte de conscience.                             

Forts de ses nouvelles connaissances, les membres de l’équipe de soins infirmiers sont désormais aptes à aborder les questions relatives aux maladies. « Avant le cours, ils n’avaient pas toujours les réponses, dit le Dr Friedman. Quels sont les symptômes de la maladie intestinale inflammatoire, par exemple?  Quels sont les effets de polypes du côlon sur la santé? Il est très important qu’ils puissent répondre aux patients et les guider dans les soins qu’ils doivent recevoir, car certains patients ont plus tendance à se tourner vers un infirmier ou une infirmière plutôt qu’un médecin pour s’informer sur leur affection ou une intervention qu’ils doivent subir ».

« Nous voyons également une différence dans leurs interactions avec les médecins, note le
Dr Friedman. Les personnes qui ont suivi le cours sont plus confiantes et moins réticentes à poser des questions ». Cette confiance en soi se traduit par une plus grande motivation à approfondir leur formation médicale.

Près d’un tiers des infirmiers-ères en endoscopie de l’HGJ ont pris l’examen en soins infirmiers gastroentérologie de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, qui réunit 45 associations nationales dans des domaines spécialisés de la profession. L’examen vise à évaluer la capacité de pratiquer de manière sûre et éthique dans une spécialité infirmière donnée. « Ces professionnels ont choisi volontairement de prendre l’examen – il n’est pas obligatoire, ni requis pour pouvoir bénéficier d’une promotion, souligne le Dr Friedman. Ils tiennent simplement à acquérir un savoir plus pointu dans leur spécialité afin de pouvoir devenir plus proactifs dans les soins aux patients ».

Collaborer pour offrir des soins d’excellence

Mildred Clément, l’une des premières infirmières à effectuer l’examen de certification infirmière en gastroentérologie, a commencé à s’intéresser à la recherche au début de sa carrière, alors qu’elle travaillait en endoscopie dans une clinique privée. Toutefois, elle trouve plus gratifiant de travailler comme infirmière dans un hôpital où elle est appelée à soigner un bien plus grand nombre de patients en gastroentérologie.

Mme Clément est donc revenue à l’HGJ, où elle avait commencé sa carrière en soins de santé, mais a conservé son intérêt pour les études. « Je voulais comprendre le pourquoi de ce que je faisais ». Elle a reçu sa certification en gastroentérologie un an après le début des conférences du Dr Friedman et rapporte que ses collègues, la voyant étudier pour son examen, ont également voulu obtenir leur certification. Elle est reconnaissante envers le Dr Friedman, qui a appuyé la poursuite de ses études médicales spécialisées. « Son modèle de formation
médecin-infirmier-ère est avant-gardiste et novateur ».

« Le cours démontre un grand investissement de temps dans la recherche, et l’élaboration et l’actualisation des conférences, dit Mme Clément. La matière est pertinente, utile et motivante, ce qui nous stimule, poursuit-elle. L’information conviviale nous aide à comprendre pourquoi nous posons certains gestes. Nous apprenons également comment aborder les résultats des tests avec les patients et obtenir les soins dont ils ont besoin. Pour un patient atteint de la maladie cœliaque, par exemple, nous comprenons pourquoi il est nécessaire, pour avoir des résultats de biopsie plus précis, de ne pas éliminer le gluten du régime avant les tests. »

« Les infirmiers et infirmières de l’équipe d’endoscopie sont maintenant plus aptes à régler les problèmes, ajoute Mme Clément. Nous travaillons tous ensemble—il ne s’agit pas de simplement s’acquitter de tâches, mais de partager nos observations, qui sont souvent prises en considération pour améliorer les soins aux patients. »

« Plus les infirmiers et infirmières acquièrent ces aptitudes, plus la dynamique de l’équipe change, constate Mme Clément. On démontre notre volonté de continuer à nous perfectionner et de ne viser rien de moins que l’excellence dans l’accomplissement de notre travail. Ainsi, lorsque les médecins et résidents discutent de patients, ils sont plus ouverts à notre apport. Nos compétences nous confèrent de l’influence. Nous nous sentons valorisés lorsque notre contribution est concrète. Il est essentiel que les infirmiers-ères participent aux soins, car nous sommes les plus proches des patients; nous savons de première main ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin.  Et maintenant, nous sommes encore mieux outillés pour prodiguer des soins centrés sur le patient. »

 

 

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