Une nouvelle ère en soins infirmiers | Réflexions de Lucie Tremblay, directrice des soins infirmiers du CIUSSS

Au printemps, la rédactrice en chef du Bulletin 360 a rencontré Lucie Tremblay, directrice des Soins infirmiers du CIUSSS, qui s’est jointe à l’équipe de notre réseau au début de 2019. L’article ci-dessous est le premier d’une série d’autres dans lesquels Madame Tremblay partage sa vision de la profession infirmière avec nos lecteurs.

 

360: Parmi tous les membres de l’équipe clinique, les infirmières sont particulièrement prudentes et méticuleuses de la manière dont elles définissent leur rôle. Selon vous, quelle est la raison de ce comportement?

Les soins infirmiers sont très encadrés. On a besoin de suivre beaucoup de processus qui sont assez rigoureux pour assurer la sécurité des patients 7 jours sur 7 et 24 heures par jour. Donc, c’est un peu dans notre ADN. Il faut que le patient se sente en confiance et qu’il retrouve la même approche tout au long de son épisode de soins. C’est aussi une question d’efficacité, nos interventions sont cruciales à la santé et à la vie.  Nous devons toujours être en mesure de trouver rapidement nos outils de travail pour intervenir et collaborer efficacement.

Notre défi au fils des prochaines années sera de conserver cette rigueur en même temps que les changements de pratiques se feront de plus en plus à vitesse grand V. Je suis convaincue que les soins infirmiers sont appelés à évoluer, parce que le monde change tellement vite. Quand je regarde l’évolution des soins dans le temps, je peux juste imaginer à quel point, d’ici deux, trois ou cinq ans, ça va aussi avoir changé d’une façon dramatique. Si la courbe de changement de connaissances autrefois était assez progressive, au fil du temps ça devient de plus en plus exponentiel.

360: À quoi attribuez-vous ce changement?

Le savoir se partage beaucoup plus rapidement. On a juste à penser à tous les outils qu’on utilise, que ce soit les téléphones, les tablettes, ou les ordinateurs, on trouve de l’information beaucoup plus rapidement, mais aussi, la clientèle trouve l’information plus rapidement, alors le rôle des infirmières est appelé à changer.

En ce sens-là, il va falloir parfois apprendre à colorier en dehors des lignes établies. Ça ne veut pas dire d’avoir moins de rigueur, ça veut juste dire que nos rôles vont vraiment être transformés.

360: Vos antécédents professionnels sont en soins de longue durée, mais maintenant vous  travaillez dans le domaine des soins aigus. S’agit-il  d’un nouveau champ d’activité pour vous?

J’ai enseigné les soins aigus il y a quelques années, mais en effet, j’ai passé une grande partie de ma carrière auprès des personnes âgées, vulnérables et souffrant de problèmes de santé complexes. C’est d’ailleurs une clientèle que l’on retrouve à travers plusieurs de nos programmes. Au cours des dernières années, mon rôle à l’OIIQ m’a amené à très bien comprendre la contribution des soins infirmiers à travers toutes nos missions.

360: Vous êtes au début de votre mandat de direction, mais avez-vous eu l’occasion de vous rendre dans les Unités?

Bien sûr ! Je suis une gestionnaire qui a besoin d’avoir des contacts fréquents auprès de la clientèle, mais aussi auprès des équipes soignantes.

360: Et, quand vous étiez dans les unités, avez-vous remarqué un changement dans les connaissances de la clientèle et dans le rôle des infirmières en raison des nouvelles technologies? Qu’avez-vous constaté sur le terrain?

Oui, j’ai eu l’occasion d’aller partout dans l’Hôpital. J’ai également visité des centres de réadaptation, des CHSLD et fait une saucette dans des CLSC. Ça ne fait pas de moi une spécialiste, mais de ce j’ai que observé ici à l’Hôpital, c’est que nous avons une clientèle de plus en plus lourde, et de plus en plus multicomplexe. Aujourd’hui, les gens ne viennent pas à l’hôpital pour des situations simples, ils viennent quand ils ont besoin d’une intensité de soins qui est très importante.

Je vais vous donner un tout petit exemple. Comment est-ce que tout cela change d’un point de vue technologique ? Autrefois, l’infirmière faisait de l’enseignement préopératoire, elle parlait avec le patient en tête-à-tête. Aujourd’hui, on a créé toute une panoplie de vidéos qu’on donne au client, ils peuvent aller sur un site web, voir des petites capsules qui expliquent comment se préparer à une chirurgie.

Donc pour l’infirmière, ça demande d’avoir des talents différents puisque le patient va regarder ce film en préopératoire, il va peut-être avoir des questions, il va peut-être aussi — parce que la vie n’est pas linéaire — se connecter à Google pour consulter le Dr Google, qui est très, très puissant. Il va aller chercher d’autres renseignements, et ça veut dire que l’infirmière doit être en mesure de répondre à ces questions autrement qu’elle le faisait il y a à peine 5 ans.  Elle accompagne le patient pour discerner le bon grain de l’ivraie.

Il y a aussi tout le phénomène de la technologie, les outils avec lesquelles on travaille, il y a une variété assez vaste d’outils de technologie. Comment est-ce que cet outil doit permettre de donner les meilleurs soins sans être un obstacle en soi. L’outil ne doit pas être l’objet de toute notre attention, il reste qu’on est en contact avec un être humain. Il faut être capable de lire ce que l’outil va nous donner, mais il faut aussi avoir encore cette connexion humaine, parce que c’est aussi une facette de la profession des soins infirmiers.

 Les outils technologiques devraient être choisis pour permettre au personnel en soins infirmiers d’avoir plus de temps auprès de la clientèle leur permettre d’évaluer, de détecter des signes précurseurs de détérioration, de soigner et accompagner le patient dans son rétablissement rapide.

 

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