Un programme unique au Canada à l’intention des demandeurs d’asile

De gauche à droite, Alen, un Kurde qui a fui les persécutions politiques en Irak, et Asmaa, une Soudanaise réfugiée ici pour échapper à la discrimination sexuelle, partagent leur histoire lors de la Journée mondiale des réfugiés, en compagnie de Cécile Rousseau, directrice scientifique du Centre de recherche SHERPA.
De gauche à droite, Alen, un Kurde qui a fui les persécutions politiques en Irak, et Asmaa, une Soudanaise réfugiée ici pour échapper à la discrimination sexuelle, partagent leur histoire lors de la Journée mondiale des réfugiés, en compagnie de Cécile Rousseau, directrice scientifique du Centre de recherche SHERPA.

Les réfugiés de PRAIDA partagent leur histoire

Ils ont fui leur pays, seuls, mais ils trouvent une main pour les guider quand ils arrivent dans le nôtre.

Trois réfugiés qui ont bénéficié de l’aide offerte aux demandeurs d’asile dans le cadre d’un programme unique au Canada, PRAIDA, ont partagé leur histoire lors de la Journée mondiale des réfugiés 2018.

Ils ont échappé à différentes formes de persécutions dans leur pays natal et viennent de différentes parties du monde, mais ils ont une chose en commun : ils ont tous laissé derrière eux leurs personnes chères pour entreprendre seuls un périple vers la sécurité.PRAIDA logo

« En laissant derrière eux leur famille, leurs amis et leurs repères, ils ont fait preuve d’un immense courage et ont développé une incroyable résilience afin de pouvoir recommencer leur vie à zéro. Seuls, isolés, mais vivants », souligne Kahina Slimani, coordonnatrice du PRAIDA, au CIUSSS du Centre-Ouest et le public.

PRAIDA accueille et intègre des demandeurs d’asile au Québec depuis six décennies, explique la coordinatrice clinique Marian Shermarke. « Le programme est également remarquable parce qu’il est offert au sein du Secteur de la santé et des services sociaux. Cela signifie que le gouvernement du Québec reconnaît la vulnérabilité de ces personnes, non seulement d’un point de vue émotif, mais aussi en ce qui a trait à leur santé ».

Aider les personnes vulnérables peut nous aider

Selon Denise Otis, agente de protection au Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCNUR), les statistiques publiées à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés ont dévoilé un sombre tableau de la vulnérabilité des demandeurs d’asile. En effet, pendant cinq années consécutives prenant fin en 2017, la guerre, la violence et la persécution ont porté à un niveau record le déplacement des populations à l’échelle mondiale.

Madame Otis a résumé le sort des réfugiés comme suit :

• 85 pour cent proviennent de pays en voie de développement;
• de ce nombre, les deux tiers ont fui la Syrie, l’Afghanistan, le Myanmar, le Sud-Soudan et la Somalie;
• 44 500 personnes sont déplacées chaque jour, soit une personne chaque deux secondes;
• 53 pour cent sont des enfants, dont plusieurs sont non accompagnés et séparés de leur famille;
• il y a peu de pays d’accueil, et 10 pays reçoivent la majorité des réfugiés, principalement la Turquie et le Liban;
• les pays favorisés sur le plan économique, à l’exception de l’Allemagne, n’accueillent pas le plus grand nombre de réfugiés.

« Derrière ces chiffres, il y a des personnes qui souffrent et vivent souvent dans la pénurie et des conditions périlleuses », note Me Otis. « Heureusement, au Québec plusieurs pratiques positives ont été implantées, et de nombreuses personnes sont accueillantes et font preuve d’hospitalité envers les réfugiés. Regardez combien nous sommes ici aujourd’hui, nous faisons preuve de solidarité non seulement envers les réfugiés, mais aussi envers la communauté qui les appuie, PRAIDA, SHERPA, le CIUSSS et nos bénévoles ». Outre les soins de santé et les services sociaux gratuits, PRAIDA offre un hébergement temporaire, au besoin.

« Aider les demandeurs d’asile à rebâtir leur vie est un engagement collectif », dit Me Otis. « Nous nous efforçons tous de les aider à réaliser ce que la plupart d’entre nous tiennent pour acquis, c’est-à-dire l’accès aux études, un endroit où vivre en sécurité, un emploi, et la possibilité de développer un sentiment d’appartenance à une communauté. L’incidence est considérable sur la vie des réfugiés, mais aussi sur celle de la communauté qui les accueille ».

Cécile Rousseau, directrice scientifique du Centre de recherche SHERPA, abonde dans le même sens. « Comme les données confirment que les êtres humains peuvent surmonter les traumatismes physiques et mentaux et vivre une vie saine par la suite, nous visons l’intégration à long terme des réfugiés », dit-elle. « Par la suite, ils peuvent devenir des personnes exceptionnelles et être d’un apport précieux à notre société. Loin d’être un fardeau fiscal pour nos systèmes d’éducation ou de soins de santé, leur présence est un enrichissement. »

L’événement de PRAIDA, qui a eu lieu lors de la Journée mondiale des réfugiés, a été organisé en partenariat avec le Service des communications et relations médias du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Extraits des témoignages des réfugiés à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés

 

Alen, un kurde qui a fui les persécutions politiques en Irak

« Vous ne savez pas ce que j’ai vécu. J’avais une très belle vie dans mon pays, mais quand je suis arrivé ici j’ai rétrogradé et dû recommencer à zéro. J’étais avocat, j’avais un excellent poste et j’aidais les gens, comme vous le faites. Maintenant, c’est moi qui demande de l’aide aux autres. »

« J’ai laissé ma famille, mes amis, mes souvenirs, ma carrière. Quand je suis arrivé ici, j’ai été bien traité, mieux que dans d’autres pays, mais cela ne comble pas le vide dans mon cœur. »

« J’ai dois tout refaire, mais par quoi faut-il commencer? Je souris quand vous me voyez dans la rue, mais je suis seul. J’ai fui l’Irak sans dire au revoir à ma famille. Je suis l’aîné et j’étais un appui financier pour eux. Maintenant, je ne peux plus les aider. Cette situation me bouleverse. »

« Quand il faut choisir entre une bonne et une mauvaise situation, nous choisissons tous la bonne. Mais comment choisir entre deux situations pénibles? C’est une décision à la fois étrange et difficile à prendre en deux ou trois heures. »

« D’une manière ou d’une autre, c’est un choix impossible : quitter son pays ou y rester et faire des choses qu’on ne veut pas faire. Faire des études en droit, connaître les droits de l’homme, comprendre la liberté d’opinion, la liberté d’expression, mais quand on vous demande de faire des choses inacceptables, faut-il accepter, suivre le mouvement et faire ce qui est demandé ou quitter son pays natal et recommencer à zéro?

« J’ai eu un choc en arrivant ici quand le travailleur social m’a offert un appui social – c’est exactement ce que je faisais pour les autres, j’aidais les personnes dans le besoin. Imaginez, en 24 heures » [signaux de la main indiquant que la situation était inversée].

« Parfois, je pense que j’ai fait une erreur. Je suis humain, j’aurais peut-être dû faire ce qu’on me demandait. Je reste positif et j’ai confiance en l’avenir, mais les êtres humains ont des limites. »

« Je me sens déprimé parce que les gens sont très subjectifs. Certaines personnes à l’esprit étroit ne veulent même pas passer du temps avec moi. Mais, je ne les blâme pas, tout est une question de confiance et ils ne me connaissent pas. »

« J’ai encore des défis à relever, j’avais un emploi, mais je l’ai perdu parce que je ne parle pas français. L’avenir est prometteur, mais il faudra du temps et du courage. »Alen, Asmaa

Asmaa, soudanaise réfugiée ici pour échapper à la discrimination sexuelle

« La vie est devenue difficile pour moi. Comme femme, je me faisais arrêter chaque fois que je participais à une manifestation contre le gouvernement. Au Soudan, la famille oblige les femmes à se marier très jeunes, parfois dès l’âge de 11 ans. Que ce soit pour étudier ou pour travailler, nous n’avons pas le droit d’exprimer notre opinion ni de voyager sans l’autorisation de notre père, d’un frère ou d’un oncle. »

« Les femmes sont des citoyennes de deuxième classe au Soudan. Quatre-vingt-six pour cent des femmes subissent des excisions. Il s’agit d’une pratique extrêmement préjudiciable. Parfois, cette pratique est effectuée sous le couvert de la religion ou des traditions, mais c’est seulement pour avoir plus de pouvoir sur les femmes. Si vous sortez dans la rue en pantalon, la police peut vous battre et vous arrêter simplement pour cette raison. »

« Je ne peux pas dire que j’ai quitté une meilleure situation, mais financièrement, bien sûr, le statut social est différent. Ici, personne ne me connaît, mais je suis en sécurité. Je ne suis pas persécutée en raison de discrimination sexuelle. C’est un nouveau début pour moi, un nouveau pays, un hiver difficile. »

« Je suis positive, en un an ici comme réfugiée je vois les changements. Ma carte d’identité brune n’est pas acceptée partout, et il arrive que ce soit très embarrassant, selon l’endroit où je me trouve et la personne qui est devant moi. Je suis contente d’être venue à PRAIDA, c’est le premier endroit où je reçois de l’aide et des conseils, sur où aller et comment m’inscrire. Apprendre la langue fait partie de l’intégration, les cours gratuits aident. Maintenant, je travaille, je parle français comme si comme ça. Nous sommes en train de tout organiser, c’est indispensable pour pouvoir nous intégrer. »

« Être réfugiée n’est pas un crime. Je veux faire ma maîtrise, je suis une professionnelle des RH, et j’aimerais continuer. Plusieurs réfugiés pourraient immigrer ici. J’aimerais changer l’opinion des gens. Il faut être patient avec nous au début, mais nous contribuerons par la suite. »

Diego, un réfugié persécuté en Colombie en raison de son homosexualité

« Je suis ici parce que c’est dangereux d’être homosexuel en Colombie. »

« C’est difficile parce que selon ce qui est publié dans les journaux, c’est un pays sécuritaire, mais les journaux sont une chose et la vie en est une autre. »Diego

« Tous les Colombiens s’efforcent de vivre une vie normale. Ma famille est catholique, ils n’acceptent pas une relation entre deux hommes ou entre deux femmes. Quand j’avais 18 ans, je me suis enfui, et j’ai finalement trouvé le moyen de venir au Canada. »

« J’avais très peur. Je ne savais pas ce qui m’attendait. Je ne savais pas si je serais obligé de retourner dans mon pays ou si je pourrais faire ma vie ici. Le Canada m’a ouvert ses portes. J’ai de bonnes possibilités, et je suis accepté. Je suis à la fois heureux et malheureux. Mon pays me manque et je n’ai pas vu ma mère depuis deux ans. C’est difficile parce qu’au bout du compte, la famille est tout ce que nous avons. »

« On ne devient pas réfugié pour avoir une meilleure vie, mais parce que c’est ce qu’il faut faire pour continuer à vivre. En Colombie, je devais faire semblant d’être hétérosexuel. J’ai même eu quelques petites amies. Maintenant, je me sens libre, je peux porter des boucles d’oreille et me faire tatouer sans que les gens portent un jugement. Je me sens en sécurité. »

« Je ne blâme pas les canadiens qui ont peur des réfugiés. Ils pensent que nous avons commis des méfaits dans notre pays. Au début, j’avais un peu honte, et je disais aux gens que j’avais un visa d’étudiant, mais par la suite, j’ai compris qu’il n’y avait pas de honte à être réfugié. »

« Les gens que j’ai rencontrés ont essayé de m’aider, ils étaient respectueux et certains disaient ‘il est fort, il veut une meilleure vie’. Je ne me sens pas jugé par les gens, parce que je suis vraiment concentré sur ce que je veux, mon regard est tourné vers l’avenir, plutôt que sur les côtés ou derrière moi. Il faut savoir comment parler aux gens sans être impoli. »

« J’ai travaillé comme bénévole auprès de PRAIDA, cela m’a beaucoup aidé. J’ai rencontré des gens exceptionnels au YMCA, ils m’ont vraiment aidé avec tout, expliqué comment trouver les endroits où je devais aller, une école, un appartement, un travail. Ils m’ont dit que la banque alimentaire était gratuite. L’aide est disponible, mais il faut l’accepter. Certains disent qu’il n’y a pas assez d’aide, mais si vous l’acceptez, vous verrez qu’il y en a beaucoup. »

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