« Nous avons relevé le défi avec brio »

L’infirmière Caryl Tabanay (à gauche) et l’infirmière clinicienne Yvette Duhaney nettoient leurs mains et enfilent des vêtements protecteurs avant d’entrer dans la chambre d’hôpital d’un patient contaminé par une bactérie CRO.

Au huitième étage du pavillon K, à l’Hôpital général juif, une affiche annonce fièrement les résultats inégalés du personnel de l’Unité K8 en matière d’hygiène des mains accueille visiteurs et membres du personnel dès leur sortie de l’ascenseur. Et, bien que cette affiche soit de taille et d’aspect modestes, ces résultats ont une incidence énorme.

« Les membres de l’équipe de cette unité sont tellement méticuleux que ces résultats exceptionnels en matière de conformité à l’hygiène des mains ne sont pas étonnants », déclare Anna Pevreal, l’ancienne directrice adjointe des Soins infirmiers. « Il n’y a pas de marge d’erreur au sein de l’Unité K8. »

Une seule unité pour deux groupes de patients exigeant des soins aigus…

Au printemps de 2016, les membres de l’équipe des Soins postopératoire venaient à peine de s’installer dans leurs locaux du pavillon K quand les patients contaminés par une bactérie CRO, qui n’étaient pas hospitalisés à l’Unité des soins intensifs, ont été transférés à leur Unité. En effet, huit lits, soit un quart de l’étage de 32 lits, seraient dorénavant réservés aux patients contaminés par une bactérie CRO, une infection bactérienne présentant une très grande résistante aux antibiotiques; ce groupe de patients forme la cohorte de CRO.

« Il s’agissait d’un défi d’importance pour nous qui n’étions pas encore habitués à notre nouvel environnent », ajoute l’infirmière-chef Mona Abou Sader. Madame Pevreal explique que l’équipe possède un savoir-faire de pointe au sein de la spécialité postopératoire, et est chargée de patients ayant subi des chirurgies de la tête et du cou, thoraciques ou vasculaires, présentant un profil extrêmement complexe.

« Nous nous appuyons sur notre formation et sur notre expérience pour soigner les patients qui se rétablissent d’interventions chirurgicales complexes et lourdes, et dont les soins postopératoires présentent des défis et des complications potentielles », de dire Mme Abou Sader. « Souvent, ces patients sont incapables de parler quand ils se réveillent. Certains, particulièrement les patients vasculaires, ont souvent d’autres problèmes de santé, comme le diabète ou des problèmes cardiaques ou respiratoires. »

Par contre, la cohorte de CRO est habituellement composée de patients, qui exigent des soins spécialisés bien différents. « Le personnel infirmier de l’Unité K8 était maintenant chargé de responsabilités qui ne relevaient pas de leur savoir-faire spécialisé, de la cardiologie, à la neurologie et l’oncologie en passant par la gériatrie et la médecine familiale », note Adila Zahir, une infirmière clinicienne spécialisée en prévention et contrôle des infections (PCI). « Nous n’avions jamais travaillé au sein d’une telle unité », dit Mme About-Sader. « Il a d’abord fallu déterminer les besoins de cette nouvelle clientèle en matière d’équipement dédié, et ensuite faire venir ECG, Doppler, scanneur pour la vessie et appareils de levage. De plus, mes infirmières ont commencé à tisser des liens professionnels de confiance avec les équipes médicales et les équipes multidisciplinaires possédant d’autres spécialités que les nôtres. »

CRO Securité
Les agents de sécurité de l’Hôpital général juif, qui assurent la surveillance 24 heures sur 24 de l’aire réservée aux patients contaminés par une bactérie CRO, reçoivent également une formation en prévention des infections. L’agente de sécurité Diane Beauregard veille à ce que les membres du personnel prennent les précautions nécessaires, y compris l’hygiène des mains et l’utilisation de vêtements protecteurs, et elle consigne sur un registre le nom des personnes qui entrent dans cette aire.

Pour l’équipe de l’Unité K8, ces patients présentaient la difficulté accrue d’être particulièrement susceptible aux infections postopératoires. « Les membres de l’équipe ont dû implanter de toutes nouvelles mesures préventives contre les infections pour être en mesure de protéger ce groupe de patients extrêmement vulnérables », précise Mme Pevreal. « Chaque mesure devait être scrupuleusement respectée pour éviter la transmission d’une bactérie CRO, qu’il s’agisse d’effectuer des écouvillonnages avant chaque admission et congé, de retirer et d’enfiler des blouses jetables, d’implanter une bonne d’hygiène des mains ou de prendre les précautions nécessaires avant de transférer quoi que ce soit d’une chambre à une autre. Il fallait également former les membres de la famille et les visiteurs de ces patients qui entraient et sortaient des chambres sans précaution. »

… zéro transmission

Outre le risque de contamination d’une bactérie entre la cohorte de CRO et les patients post-chirurgicaux, il y avait également le risque de contamination croisée entre les patients de la cohorte, soit d’infecter l’un de ces patients avec une souche bactérienne différente. Les membres du personnel de l’Unité K8 ont immédiatement compris la gravité de ce risque, et rapidement fait appel à l’équipe de Prévention et contrôle des infections pour obtenir de la formation et des directives. « L’Unité bourdonne d’activités. L’équipe a compris la gravité du risque et s’est assurée de mettre en place de mesures de sécurité pour protéger la cohorte », atteste Lara Maalouf, consultante en soins infirmiers de la PCI.

« Dès le début, nous avons compris qu’il fallait immédiatement renforcer les mesures de prévention des infections auprès de toutes les personnes concernées, y compris les visiteurs », ajoute Mme Abou Sader. « Il y a même eu un patient souffrant de démence qui errait dans les corridors, et que nous suivions à tour de rôle pour nettoyer tout ce qu’il touchait. Il est devenu évident qu’outre l’isolement de la cohorte de CRO, un agent de sécurité devait contrôler les allées et venues au point d’accès de la section réservée. »

Avec l’aide de Dr Yves Longtin, spécialiste en maladies infectieuses et de l’équipe de PCI, et en se fondant sur les données multidisciplinaires des Services de physiothérapie, de radiologie et de la pharmacie, les infirmières de l’Unité K8 ont créé un protocole détaillé conçu pour réduire au minimum le risque de contamination. Ce document comprend les démarches pertinentes de prévention des infections, notamment :
• quand effectuer l’hygiène des mains;
• quand mettre une blouse jetable;
• que faire des effets personnels des visiteurs;
• comment utiliser en toute sécurité les sarraus de laboratoire et l’équipement comme les stéthoscopes;
• comment désinfecter l’équipement utilisé auprès de la cohorte.

CRO reglements

« Nous avons aussi fait preuve de créativité, avec l’aide du groupe de PCI, pour trouver des solutions qui restreindraient les risques de transmission », dit Mme About Sader. Ces solutions comprenaient des blouses jetables pour les infirmières qui soignent un patient de la cohorte et des uniformes supplémentaires, lavés à l’interne plutôt qu’au domicile de l’employé. L’équipe a également soulevé la possibilité de propagation des pathogènes par le biais de particules de poussière; comme mesure de prévention, l’équipe de PCI a suggéré de placer des tapis légèrement collants à la sortie de la section de CRO. Ces tapis retiennent les particules provenant du plancher et de tout autre objet ou équipement, qu’il s’agisse de chaussures, de cannes, de civières ou de fauteuils roulants.

« Les membres de l’équipe sont réellement proactifs. Ils ont collaboré étroitement avec nous et déployé beaucoup d’efforts », ajoute Mme Maalouf. « Ils font preuve de curiosité et comprennent l’importance de la formation. Ils ont demandé à nos spécialistes en prévention des infections d’organiser de petites séances de formation continue, au sein de leur Service, concernant spécifiquement la cohorte. De surcroît, des tournées et des audits ont lieu régulièrement pour assurer des soins de la meilleure qualité possible. Tous les employés, des infirmières aux PAB en passant par les agents de sécurité et le personnel de l’entretien ménager, sont tenus de respecter les normes élevées de l’Hôpital, d’en connaître les détails, les lacunes et la manière d’y remédier. L’équipe de PCI apprécie énormément leur travail. »

Les résultats? « Il n’y a eu aucune transmission entre la cohorte de CRO et le groupe des patients postopératoires, ni même de contamination croisée entre les patients de la cohorte », rapporte Mme Pevreal. « Qui mieux est, l’an dernier, au cours de la période 11, il y a eu 37 patients contaminés par une bactérie CRO, comparativement à seulement 19 cette année, soit une réduction de 50 pour cent. Il s’agit d’une réalisation remarquable des membres de cette équipe profondément engagée, une équipe dont l’Hôpital peut être fier et sur laquelle l’ensemble du milieu médical peut prendre exemple. »

‘Faire des miracles’… ensemble

La réussite de l’équipe ne se reflète pas seulement dans ses chiffres, mais également dans ses membres.

« Après avoir travaillé pendant 13 ans ici, je peux m’adapter à un niveau de demandes très élevé, administrer des médicaments par voie intraveineuse, tourner un patient, m’occuper d’incontinence », dit Yvette Duhaney, infirmière clinicienne à l’Unité K8. « Je suis aussi toujours ici pour encourager nos jeunes infirmières, pour les aider à gérer le stress. La clé? Bien s’organiser et ne jamais hésiter à demander de l’aide. Notre équipe est très unie, nous ne travaillons jamais seules et nous nous entraidons quand la situation est plus difficile. Ici, on ne peut pas s’écrouler, parce qu’il y a toujours une personne pour nous aider quand les tâches deviennent trop lourdes. »

Mme Duhaney ajoute que les demandes sont plus faciles à gérer si, dans la mesure du possible, « l’atmosphère est plus détendue ». Quand les patients de la cohorte de CRO sont arrivés à l’Unité K8, « j’ai eu peur initialement, mais je me suis adaptée. Je suis devenue plus vigilante, plus attentive et j’ai appris ce que je devais faire pour me protéger ».

CRO audit
Un diagramme illustre comment des précautions méticuleuses de prévention des infections, comme l’hygiène des mains et les blouses jetables, sont consignées, et à quelle fréquence ces pratiques sont exécutées au sein de l’Unité K8 auprès de la cohorte de CRO.

Maria Caryl Tabanay, une infirmière et collègue de Mme Duhaney au sein de l’Unité K8 depuis une décennie, renchérie « C’était difficile au début. Respecter les précautions liées à l’hygiène des mains et aux blouses jetables exige beaucoup de temps : nous entrons et sortons continuellement des chambres des patients et de la section réservée à la cohorte. Mais nous avons eu des rappels de la PCI et nous nous sommes assurées d’apparier progressivement les jeunes infirmières à d’autres plus chevronnées, pour faciliter les choses. Comment avons-nous pu contrôler la propagation de CRO? L’équipe a fait preuve de simple bon sens et de réflexion critique, et nous avons bien sûr l’appui de Mona. Nous formons une famille. » Annella Patricia Adams, une PAB qui a travaillé exclusivement auprès de la cohorte pendant un an exprime le même sentiment. « J’adore travailler ici, je me sens chez moi. »

« L’Unité K8 est notre deuxième domicile », ajoute Mme Abou Sader. Elle remarque que ce « sentiment profond d’appartenance » reflète bien la cohésion de l’équipe. Les membres s’appuient et s’encouragent les uns les autres. Je ne peux pas faire de miracles toute seule! En tenant compte des moyens limités dont nous disposions, et du nombre de fois par jour où nous devons enfiler puis retirer une blouse jetable et des gants, assurer l’hygiène des mains… Il s’agissait d’un défi de taille, et nous l’avons relevé avec brio. Les membres de l’équipe se sont engagés à fond, et tirent parti de leurs connaissances en soins infirmiers et de leur professionnalisme. Ils voulaient que ce projet réussisse, et ce projet est une réussite! »

Sur les traces du leader

Selon Madame Zahir, cette réussite est d’autant plus remarquable que l’Unité continue de recevoir des patients infectés par une bactérie CRO en sus de ceux envoyés par l’Unité des soins intensifs. » Grâce à leur travail d’équipe et à leur culture de diligence, ils savent comment contrôler les bactéries CRO. Ils s’informent les uns les autres et vantent continuellement les mérites de la PCI; leur formation est même suffisamment solide pour qu’ils puissent former d’autres personnes. Ce sont des champions de la PCI. »

« Cet exemple de collaboration et d’attention minutieuse aux détails se reflète dans les résultats exceptionnels de l’équipe K8 en matière de prévention de propagation des infections », déclare le Dr Lawrence Rosenberg, président-directeur général du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. « Ces résultats illustrent la priorité que notre CIUSSS accorde à la protection du bien-être de nos patients et des autres usagers des soins de santé à chaque étape de leur traitement dans nos établissements.

Selon l’équipe de PCI, ce savoir-faire de point en matière de prévention des infections est non seulement mis en pratique et partagé au sein de l’Unité, mais, en raison du leadership solide de Mme Abou Sader, il va bien au-delà du 8e étage. « Mona est rigoureuse. Pour elle, il n’y a pas de demi-mesure. Elle a son équipe bien en main : elle assure un suivi auprès des membres et auprès des dirigeants du CIUSSS », de dire Mme Maalouf. « Mona inspire les autres et elle agit maintenant comme conseillère auprès de tous les autres gestionnaires et même d’autres établissements. L’exemple de sa cohorte est suivi à l’Hôpital Catherine Booth, à l’Hôpital Richardson et à l’Hôpital Mont-Sinaï. Ses efforts ont aidé l’Hôpital et même le CIUSSS à réduire le nombre de cas d’infections aux bactéries CRO. »

 

 

 

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