L’innovation : un ancien concept qui est toujours d’actualité

Dr. Rosenberg

Le texte qui suit est fondé sur l’allocution « Contextes du changement technologique en médecine : centres et périphéries », prononcée par le Dr Lawrence Rosenberg lors d’un séminaire international ayant eu lieu à l’Hôpital général juif, en avril. Les extraits de cette allocution, y compris celui-ci, ont été adaptés pour être présentés dans le cadre d’une série d’articles qui seront publiés dans le Bulletin 360.

Je ne suis pas un chercheur dans le domaine de l’innovation. Je dirais plutôt que je suis un utilisateur, voire une victime de ce qui en découle. Toutefois, pendant toute ma carrière j’ai été confronté au défi de trouver des manières de réinventer notre système de soins de santé et de services sociaux, afin d’aider davantage ceux qui se tournent vers nous quand ils ont besoin d’aide. Selon moi, pour relever ce défi nous devons nous pencher, dans une large mesure, vers l’origine des bonnes idées. En d’autres mots, d’où provient l’innovation?

Malgré les progrès réalisés par notre société moderne, il ne faut pas oublier que la pensée novatrice est un élément fondamental des activités humaines depuis des millénaires. Je me souviens notamment d’une référence historique – lointaine, mais tout à fait judicieuse – qui remonte à 2 000 ans, au sujet d’un novateur qui, comme plusieurs autres, ne semblait pas initialement avoir beaucoup de potentiel. Ce récit est pertinent aujourd’hui puisqu’il concerne la notion des centres et des périphéries, bien que ces termes ne soient pas utilisés dans le récit.

Au premier siècle de l’ère chrétienne, un rabbin notoire, le rabbin Hillel, a convié ses étudiants. Il leur a demandé « Êtes-vous tous présents? » « Oui », répondirent-ils, mais l’un d’eux ajouta « Nous sommes tous ici, sauf le moins important parmi nous. » Et, le rabbin Hillel de dire « Faites venir ce moins important aussi, car ultérieurement il sera un chef de file de la génération ».

Cet étudiant « le moins important » est devenu le rabbi Yohanan ben Zakkai, qui a joué un rôle clé lors du siège de Jérusalem, en 69-70 de l’ère chrétienne. En effet, pendant l’assaut de la ville par le général romain Vespasian, le rabbin ben Zakkai a réussi à s’échapper, dissimulé dans un cercueil. Il s’est ensuite rendu auprès du général Vespasian et lui a offert la capitulation de Jérusalem, contre l’octroi de la ville de Yavne avoisinante.

Grâce à cette entente, la ville de Yavne est devenue un centre pédagogique, qui a donné naissance au judaïsme tel que nous le connaissons aujourd’hui. Quel patrimoine spirituel de la part d’un homme qui était considéré comme « le moins important » de tous les étudiants du rabbin Hillel!

Ce récit nous rappelle que nous avons tous un rôle à jouer dans la transformation des soins de santé et des services sociaux. Les personnes « sur le terrain » – comme le personnel soignant, les bénévoles et tous ceux qui œuvrent dans une foule d’autres champs d’activités – permettent la prestation de soins. Quel que soit l’endroit où vous travaillez au sein du CIUSSS, et peu importent vos tâches, vous avez une perspective unique et idéale pour partager vos idées et proposer des changements.

Le récit au sujet du rabbin ben Zakkai est également particulièrement approprié pour nos dirigeants et nos gestionnaires : une idée potentiellement bénéfique ne devrait jamais être rejetée. Donnez à chaque membre de votre équipe la possibilité d’être audacieux, d’être intrépide. Encouragez, défiez et appuyez leur créativité, et créez un environnement qui les motivera et les encouragera à élaborer, à peaufiner, à tester et à implanter leurs idées novatrices.

Revenons à notre propre ère d’innovations et de gadgets technologiques, dont certains des plus innovants ont été promus par le légendaire Steve Jobs. Après avoir été essentiellement renvoyé, en 1985, Steve Jobs a quitté Apple, l’entreprise dont il était le cofondateur. Mais, quand il a réintégré les rangs de cette entreprise, en 1997, Apple a diffusé une publicité saluant les personnes grâce auxquelles de réels changements étaient possibles en raison de leurs idées novatrices : « Saluons tous les fous ». À ces paroles, j’ajouterais « Saluons tous les moins importants parmi nous qui tirent le meilleur parti de leurs talents! »

Lawrence Rosenberg, M.D., Ph. D.
Président-directeur général

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