La télésanté : une solution d’avenir qui fait déjà ses preuves

Alan Pick, infirmier du CLSC René-Cassin et Sharon Pilgrim, super-utilisatrice, discutent du traitement d’un client du programme SAPA qui bénéficie de télésoins à domicile.

Même les meilleures solutions ont parfois des conséquences inattendues. Depuis des siècles, nous cherchons à vaincre la maladie pour vivre plus longtemps. Résultat : nous avons une espérance de vie plus longue, peut-être même de quelques décennies, mais voilà qu’un grand nombre d’entre nous se retrouve aux prises avec des maladies chroniques douloureuses ou débilitantes caractéristiques de la vieillesse.

Pour maintenir notre qualité de vie, nous n’avons besoin de rien de moins qu’une nouvelle stratégie de suivi médical; un défi que tente de relever le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal au moyen des télésoins à domicile, une forme de services de télésanté faisant appel à la technologie numérique pour mettre en contact les usagers et leur équipe de soins.

« La beauté de ce programme, c’est qu’il encourage les gens à jouer un rôle actif dans leurs soins », mentionne Lilly Luan, dirigeante du projet clinique de télésanté lancé en 2017 dans notre CIUSSS.

« Nos clients se sentent beaucoup plus impliqués dans leur propre traitement. Puisqu’ils s’autoévaluent et consignent des renseignements sur leur état à intervalles réguliers, ils sont plus à l’affût de leurs symptômes, des facteurs de risque et des habitudes de vie à prendre ou à changer. »

Ils ont une licence qui leur permet d’entrer en ligne des données dans leur dossier protégé par mot de passe à partir d’un ordinateur personnel ou d’un iPad fourni dans le cadre du programme. Ainsi, ils peuvent saisir régulièrement des renseignements sur leur santé, comme leur poids ou leur tension artérielle, depuis le confort de leur foyer ou encore demander à leur aidant de le faire.

Les données demandées dépendent du type de problème de santé dont souffre le client : insuffisance cardiaque, diabète, hypertension, maladie pulmonaire obstructive chronique ou une combinaison de ces maladies chroniques.

Le système de télésoins à domicile assure la surveillance en fonction des données saisies. Si l’une des données ne cadre pas avec une échelle préétablie, l’infirmière pivot reçoit une alerte lui indiquant la présence d’un problème potentiel.

La durée des télésoins à domicile varie selon la situation de chaque client. Les personnes ayant une maladie chronique ont besoin d’un suivi étroit, surtout dans les semaines suivant leur sortie de l’hôpital, et elles bénéficient donc des télésoins durant un à trois mois. Parallèlement, un plan de télésoins à domicile de longue durée leur est fourni pour les aider à gérer leur maladie sur une période de six à douze mois.

Les infirmières de première ligne du programme Soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA) offrant des soins à domicile ont fait remarquer que les télésoins à domicile aidaient les clients à prendre conscience de leur état de santé. Mme Luan, gestionnaire du programme SAPA au CLSC de Benny Farm donne l’exemple d’une participante de 90 ans ayant des problèmes de rein qui s’est aperçue que son enflure aux chevilles était liée à sa consommation de nourriture en conserve à haute teneur en sodium.

« C’est remarquable de voir certains de nos clients, dont la moyenne d’âge est de 85 ans, adopter cette technologie et faire preuve de plus d’autonomie. Au lieu de se fier uniquement aux professionnels de la santé pour les guider, ils établissent eux-mêmes des liens entre leur état de santé et leurs habitudes », explique-t-elle.

Marie-Josée Grenon, spécialiste en activité clinique SAPA au CLSC de Parc-Extension, est une « super-utilisatrice » des télésoins à domicile, dont le rôle consiste à offrir un soutien de première ligne et à décider du type de suivi à privilégier dans le cas d’un client pour qui le système a généré une alerte. Les cinq CLSC du CIUSSS offrent les télésoins à domicile et, dans chacun d’eux, on retrouve un super-utilisateur.

« La saisie de données par le client dans le système réduit le nombre de visites à domicile s’avérant non nécessaires, ce qui libère les infirmières et leur permet ainsi de s’occuper de patients dont l’état s’est dégradé subitement et qui ont besoin de soins urgents », précise Mme Grenon.

« Il s’agit d’une solution complémentaire aux visites à domicile des infirmières; le système ne vise pas à réduire les services ou à remplacer les infirmières », explique Sharon Pilgrim, super-utilisatrice du CLSC René-Cassin. « Le but est plutôt d’instaurer les conditions qui permettront à notre équipe de répondre aux besoins nombreux et diversifiés de nos patients et ainsi de leur offrir les soins appropriés au bon moment. »

Le programme réduit non seulement le nombre de visites à domicile chez des clients n’ayant pas besoin d’une intervention en personne, mais évite aussi à ces clients de se rendre à l’hôpital pour rien. Auparavant, un client atteint d’une maladie chronique était vu à son domicile aux deux semaines par une infirmière visiteuse, ce qui signifie que tout changement inquiétant dans son état entre deux visites risquait davantage de passer inaperçu. La dégradation d’un état sur une période de deux semaines peut très bien entraîner une hospitalisation.

Maintenant que les données sont entrées dans un système à intervalles réguliers au lieu d’être relevées uniquement lors de visites à domicile, les infirmières sont informées d’une complication très rapidement. De plus, les clients deviennent eux aussi plus sensibles aux signes de détérioration de leur état puisqu’ils suivent de près leur santé.

Résultat : l’équipe médicale est en mesure d’intervenir rapidement pour prévenir toute détérioration ultérieure et éviter au client de devoir se rendre aux urgences ou à la clinique. Voici un exemple. Un client de 101 ans du CIUSSS participant au programme de télésoins à domicile était confus une journée. À la suite d’une simple évaluation, le client a été traité rapidement pour une infection urinaire, ce qui lui a évité d’avoir à sortir pour consulter un médecin.

Autre aspect pratique : la clientèle plus vulnérable n’a pas à se déplacer vers un établissement de soins, ce qui constitue un défi en soi pour les personnes ayant une mobilité réduite. De plus, les clients ne sont pas exposés aux virus peuplant les salles d’attente.

Les infirmières de première ligne, qui suivent toutes plusieurs dizaines de patients, déterminent quels sont les clients qui gagneraient à bénéficier du service. Pour être admissible aux télésoins à domicile, le candidat doit avoir les capacités physiques et mentales nécessaires à l’utilisation du logiciel simple de suivi ou avoir un aidant qui peut prendre en charge cette tâche. Il doit aussi être en mesure de communiquer en français ou en anglais.

Des programmes de télésoins à domicile ont également été introduits dans les groupes de médecine familiale (GMF) de notre réseau; un projet pilote est d’ailleurs en cours au Centre de médecine familiale Goldman Herzl auprès d’une clientèle plus mobile.

« Les clients sont impressionnés par ce qu’ils peuvent faire avec leur iPad », mentionne Francine Dupuis, présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS. « Essentiellement, les télésoins à domicile constituent une approche révolutionnaire aux soins de santé, tant pour son recours à la technologie que pour la participation active de nos clients dans leurs soins continus. »

 

Les télésoins à domicile au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Infirmières et infirmiers visiteurs formés pour utiliser les télésoins à domicile :       80
Licences de télésoins à domicile offertes aux clients :                                                    100
Clients participant au programme (en janvier 2019) :                                                     35
CLSC participant au programme :                                                                                       5

* Le RUIS McGill fournit la technologie et le soutien technique pour les télésoins à domicile.

 

La télésanté : des services bien implantés au CIUSSS

Les télésoins à domicile ne représentent qu’un type de services de télésanté. D’autres ont été mis en œuvre ailleurs dans le réseau et ils seront présentés dans les prochains numéros de l’infolettre 360. Voici un aperçu de quelques-uns de ceux-ci.

Le télédépistage consiste à recueillir au moyen d’une technologie spéciale des images numériques qui sont envoyées à des spécialistes. Ce service est offert dans notre CIUSSS aux clients diabétiques, qui sont souvent plus à risque de souffrir de maladies oculaires. Au CLSC de Parc-Extension, on prend une lecture rétinienne, qui est ensuite envoyée à un ophtalmologiste pour examen et suivi.

L’Hôpital Mont-Sinaï a été le premier établissement de santé au Québec à offrir la téléréadaptation aux patients hospitalisés partout dans la province ayant besoin d’une réadaptation pulmonaire. Des patients atteints de maladies respiratoires chroniques des hôpitaux de Joliette et de Verdun, par exemple, participent à des exercices diffusés en direct et à des cours théoriques offerts plusieurs fois par semaine à l’Hôpital Mont-Sinaï pour apprendre à gérer leurs symptômes. « La recherche sur la réadaptation pulmonaire est concluante », affirme la directrice du programme, Dre Nathalie Saad. « Le programme aide les patients à mieux gérer leur maladie à la maison grâce à des techniques d’autogestion, ce qui diminue leurs visites à l’urgence. »

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