La prévention du suicide : il est vital de reconnaître les signes précurseurs

Véronique Auger, thérapeute en réadaptation physique
Véronique Auger, thérapeute en réadaptation physique au Centre gériatrique Maimonides Donald Berman suit la formation en ligne sur la prévention du suicide.

Comment savez-vous si vos patients, vos résidents ou vos clients souffrent? Ont-ils du mal à respirer? Ont-ils une fièvre élevée? Ont-ils une main crispée sur le ventre?

Toutes les souffrances ne sont pas faciles à déceler ou à mesurer. Vous êtes un clinicien de première ligne du secteur de la santé, et l’un de vos usagers pourrait être suicidaire. Sauriez-vous reconnaître les signes précurseurs?

« Les professionnels de la santé sont tenus d’intervenir de manière pertinente pour tout ce qui concerne la santé, y compris la santé mentale », dit Tung Tran, directeur adjoint du Programme de santé mentale et de toxicomanie du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

 Et, pour toucher un plus grand nombre de membres du personnel du CIUSSS, une équipe multidisciplinaire spécialisée en santé mentale a créé un cours en ligne bilingue sur la prévention du suicide.

« Quand les nouveaux praticiens finissent leurs études, ils n’ont pas toujours acquis beaucoup d’expérience sur la manière d’aider les personnes en détresse ou suicidaires », explique Dominique Boudreau, conseillère clinique cadre en Soins infirmiers, spécialisée en santé mentale et l’auteure principale du cours. « Très souvent, même des cliniciens chevronnés ne reconnaissent pas les indices comportementaux ou affectifs plus subtils d’une personne suicidaire. De plus, les mesures à prendre quand une personne suicidaire a été identifiée ne sont pas toujours claires. Nous avons élaboré cet outil pour aider les membres du personnel de l’ensemble de notre réseau à réagir adroitement, efficacement et avec assurance pour protéger la sécurité d’un usager identifié comme présentant des risques ».

Un cours en ligne pour enseigner les meilleures pratiques en matière de prévention du suicide

Que vous soyez un travailleur social dans un établissement de soins de longue durée, un ergothérapeute au sein d’une équipe de soins à domicile ou une infirmière du groupe de triage d’un hôpital, le cours en ligne vous fournira une formation qui vous familiarisera avec les meilleures pratiques en matière de prévention du suicide.

« Il est important de comprendre que certains groupes sont habituellement plus susceptibles, comme les hommes, qui ont tendance à moins se confier et à s’isoler davantage », explique Jennifer Clarke, conseillère clinique cadre en Soins infirmiers, spécialisée en gériatrie. « Parmi les autres groupes plus vulnérables, citons les personnes qui ont une histoire de problèmes de santé mentale, comme des dépressions cliniques, celles qui souffrent de problèmes de santé chroniques ou d’une maladie entraînant une perte d’autonomie. Toutefois, quand il s’agit d’effectuer une évaluation du risque de suicide, nous ne faisons aucune discrimination : le dépistage vise tous les usagers adultes et les personnes âgées, quel que soit leur niveau de risque présumé ».

Le dépistage doit systématiquement avoir lieu lors de cinq moments clés, soit :

  1. triage au Service de l’urgence;
  2. avant l’admission;
  3. avant le transfert à une unité ou à un autre service ou centre de soins de santé;
  4. avant le congé du Service de l’urgence ou de l’unité;
  5. chaque fois qu’un usager présente des signes précurseurs.

Vous ne connaissez pas les signes précurseurs? Vous apprendrez comment les déceler pendant le cours. Les usagers peuvent révéler des pensées suicidaires d’une manière oblique, par exemple en disant « Je n’ai aucune raison de vivre, je suis un poids pour mes proches, ils seraient mieux sans moi ». Ils pourraient aussi communiquer leur état d’esprit avec des indices non verbaux, comme en distribuant leurs biens personnels, en cessant de prendre leurs médicaments en s’isolant de l’interaction sociale ou en faisant preuve d’apathie envers la vie et leurs personnes chères.   

Dans ces circonstances, une évaluation des risques doit être effectuée, ce qui exige de communiquer avec l’usager. « Plusieurs praticiens continuent d’être mal à l’aise de parler à un usager de son état de santé mentale », ajoute Madame Boudreau, la gestionnaire clinique du projet. « Nous savons, par contre, que la plupart des gens sont réceptifs et soulagés qu’un professionnel de la santé soit sensible à leur détresse, et aborde ce sujet avec eux d’une manière calme et respectueuse, en faisant preuve d’empathie et sans porter de jugement ». Pour lancer cette conversation, le cours propose une liste de questions clés essentielles à l’évaluation des risques.

Si un professionnel de la santé détermine qu’un usager est vulnérable, des mesures d’intervention pertinentes doivent être mises en place en temps opportun pour assurer sa sécurité. Toutefois, nous recommandons vivement aux membres du personnel de ne pas agir indépendamment, précise Annick Simard, conseillère clinique cadre en direction des Services multidisciplinaires, une travailleuse sociale de formation, qui a collaboré à l’élaboration du cours en ligne. Les pratiques factuelles et les directives sur la prévention du suicide recommandent une démarche multidisciplinaire. « Si vous ne possédez pas l’expérience, ou la compétence, requise pour intervenir, consultez un professionnel de la santé qui pourra vous appuyer », ajoute Madame Simard.

Pour obtenir de l’aide, différentes possibilités s’offrent à vous, y compris consulter une infirmière gestionnaire, une équipe de liaison en consultation psychiatrique ou l’infirmière psychiatrique de l’unité, ou encore faire appel à l’équipe de santé mentale d’un CLSC. 

Un usager considéré comme présentant un risque de suicide modéré ou élevé devrait être placé dans un environnement sécuritaire offrant une surveillance adéquate. Un médecin doit être avisé et une évaluation doit être effectuée. Si cette personne quitte les lieux avant d’avoir vu un médecin, demandez la mise en vigueur d’un Code jaune puisque cette personne est un danger pour elle-même et qu’il est prioritaire de s’assurer de sa sécurité.

Madame Boudreau souligne « qu’il est important de créer un plan de sécurité avec l’usager et sa famille, quand le risque de suicide immédiat a diminué. Ce plan devrait énoncer les signes précurseurs, les stratégies d’adaptation, le contexte social pouvant agir comme diversion, les personnes sur lesquelles l’usager peut compter pour l’aider et les professionnels pouvant être contactés lors d’une crise. Il s’agit de créer un environnement sécuritaire et un système de soutien fiable. »

La spécialiste en technologie de formation en ligne Chantal Bastien, aidée de Geneviève Beaudoin, a rendu ce cours interactif pour l’intranet du CIUSSS; toutes deux sont conseillères clinique cadres en Soins infirmiers. Le cours comprend également dix questions agréées comme formation. Le cours et les questions exigeront une heure de votre temps.

Pour suivre cette formation agréée, allez à la page intranet du CIUSSS, cliquez sur Formation > Prévention du suicide. Pour toute question complémentaire, veuillez communiquer avec Madame Boudreau, à dominique.boudreau.ccomtl@ssss.gouv.qc.ca.

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