La journée annuelle de la recherche en psychiatrie jette un nouvel éclairage sur la maladie mentale

journée annuelle de la recherche en psychiatrie
De gauche, Dr David Dunkley, coordinateur de l’Institut de psychiatrie communautaire et familiale de l’HGJ; Dre Melissa Henry, psychologue affiliée au Programme d’oncologie psychosociale Louise Granofsky du Centre du cancer Segal; Dre Carmen Loiselle, chercheure principale au Centre de recherche en sciences infirmières et codirectrice du Centre du cancer Segal, intervenante à la journée de la recherche; Dr Soham Rej, psychogériatre à l’HGJ; Dr Karl Looper, chef du Département de psychiatrie de l’HGJ; et Dr Brett Thombs, chercheur principal à l’Institut Lady Davis de l’HGJ.

Des professionnels de la santé et des services sociaux de toutes les régions de Montréal étaient présents à la 13e journée annuelle de la recherche du Département de psychiatrie de l’Hôpital général juif tenue le 6 avril pour faire le point sur les plus récents développements en recherche psychiatrique de l’Hôpital. La santé mentale était au centre des questions que les conférenciers de l’Institut Lady Davis ont abordées dans le cadre du thème : Connecter le corps et l’esprit lors des interventions relatives aux maladies physiques.

Donner un sens à la vie des patients souffrant d’un cancer avancé

Un diagnostic de cancer provoque souvent une détresse existentielle, explique la Dre Melissa Henry, psychologue affiliée au Centre du cancer Segal de l’HGJ, dont les travaux de recherche portent sur les moyens de donner un sens à la vie des personnes atteintes d’un cancer avancé. 

Les travaux de recherche menés par la Dre Melissa Henry, psychologue au Centre du cancer Segal de l’HGJ, visent à améliorer le mieux-être mental des personnes atteintes d’un cancer avancé.

« Apprendre qu’on a le cancer est un énorme bouleversement, poursuit la Dre Henry, et pour de nombreuses personnes, une première confrontation à leur propre mortalité. C’est pourquoi on retrouve, particulièrement chez les personnes atteintes d’un cancer avancé, des taux plus élevés de dépression, d’anxiété et de détresse existentielle. »

La Dre Henry étudie comment les interventions porteuses de sens (IPS) peuvent aider les patients à trouver un sens à leur maladie, à leur vie et à l’existence en général. « Le but est de réduire la détresse émotive initiale et de libérer un espace pour permettre aux patients de réfléchir à ce qu’un diagnostic de cancer signifie, explique la Dre Henry. L’intervention, exigeant de une à quatre séances, prévoit trois tâches :

  • Le présent : revenir sur le diagnostic de cancer et sa signification pour le participant;
  • Le passé : revoir les difficultés et traumatismes passés ainsi que les stratégies d’adaptation antérieures pour s’interroger sur la signification de ces événements;
  • L’avenir : rétablir un sentiment d’engagement envers ses objectifs de vie en dépit de l’incertitude et des contraintes.

La Dre Henry codirige une étude pour déterminer l’efficacité des IPS chez les patients atteints d’un cancer de stade trois ou quatre. Les études antérieures menées auprès de patients atteints d’un cancer de stade un ou deux confirment des niveaux d’estime de soi et d’optimisme accrus suivant la participation au programme.

L’étude évaluera si les IPS peuvent apporter un nouveau sens à l’existence des patients atteints de cancer, améliorer leur qualité de vie en général et réduire leur niveau de détresse psychologique au bout de deux, quatre et six mois, comparativement au traitement usuel et au traitement usuel doublé de rencontres avec un visiteur compatissant.

Actuellement, 471 personnes sont inscrites à l’étude. La Dre Henry est continuellement à la recherche de nouveaux participants et peut être jointe à melissa.henry@mcgill.ca.
 

Exploiter les bienfaits de la méditation pour combattre la maladie mentale survenant à un âge avancé

D’ici 2030, la moitié de la population aura plus de 60 ans. « Nous devons savoir comment mieux aider les adultes plus âgés, de dire le Dr Soham Rej, psychogériatre au Département de psychiatrie de l’HGJ. Le Dr Rej étudie les effets de la méditation de pleine conscience sur le traitement de la maladie mentale survenant à un âge avancé. À cette fin, il mène un essai de contrôle randomisé multicentre auprès de patients hémodialysés plus âgés présentant des symptômes de dépression et d’anxiété.

Le Dr Soham Rej
Le Dr Soham Rej, psychogériatre au Département de psychiatrie de l’HGJ, emploie des techniques de méditation pour aider les personnes plus âgées à gérer leurs problèmes de santé mentale.

« Environ la moitié des patients hémodialysés souffrent de symptômes de dépression et d’anxiété, et environ 20 pour cent répondent aux critères de la maladie, dit-il. Ces symptômes ont été associés à une baisse de la qualité de vie et à une non-conformité accrue aux traitements de dialyse. »

La méditation de pleine conscience s’est révélée efficace pour traiter les problèmes psychiatriques comme la dépression et la toxicomanie ainsi que les maladies physiques comme le cancer et le diabète.

Dans son étude, le Dr Rej compare les effets de la méditation de pleine conscience à un programme d’amélioration de la santé appliqué à un groupe de contrôle. Les patients prennent part à deux séances de méditation de 20 minutes par semaine, et ce, pendant huit semaines en tout. Ils doivent également pratiquer la méditation tous les jours pendant 15 minutes.

Les chercheurs évaluent les améliorations dans les taux de dépression et d’anxiété, la qualité du sommeil et la détresse psychosociale des patients.

« La méditation est une technique, précise le Dr Rej. Il s’agit d’être attentif au moment présent sans porter aucun jugement. Elle nous enseigne à prendre du recul et à dire ‘je suis en vie’. »

Outils accessibles pour les personnes souffrant de maladies rares

Fondateur et directeur du Réseau d’intervention centré sur le patient sclérodermique (RIPS), le Dr Brett Thombs poursuit des recherches sur les stratégies visant à améliorer la qualité de vie et à réduire les handicaps des personnes atteintes de sclérodermie. Maladie auto-immune rare touchant de 5 000 à
6 000 personnes à l’échelle mondiale, la sclérodermie provoque une production excessive de collagène et de graves problèmes vasculaires.

Le Dr Brett Thombs
Le Dr Brett Thombs, fondateur et directeur du Réseau d’intervention centré sur le patient sclérodermique, crée un réseau pour les personnes atteintes de sclérodermie, une maladie auto-immune rare et chronique.

« Le plus éprouvant dans le fait d’avoir une maladie rare est de se sentir seul, explique le Dr Thombs, chercheur principal affilié à l’Institut Lady Davis de l’HGJ. Savoir qu’on souffre d’une maladie méconnue est très éprouvant. Il y a un manque de services et de soins de soutien. »

Regroupement de chercheurs, fournisseurs de soins de santé et patients sclérodermiques du monde entier, le RIPS vise à élaborer, tester et distribuer des outils éducatifs gratuits en ligne pour apporter un soutien psychologique aux personnes atteintes de la maladie et leur apprendre des techniques de réadaptation et d’autogestion.

Les spécialistes affiliés à l’organisme ont créé des programmes modulaires, accessibles sur Internet, couvrant une foule de questions, notamment la gestion des symptômes et émotions reliés à la sclérodermie. « Les programmes enseignent des techniques pour apprendre à faire face à la maladie et à développer la confiance requise afin d’assumer les tâches essentielles pour mieux vivre », de dire le Dr Thombs.

Le RIPS a recruté près de 2 000 patients sclérodermiques répartis sur plus de 45 établissements et sept pays.

Des subventions ont été accordées à deux programmes du RIPS en vue de mener des essais randomisés contrôlés auprès de 500 à 600 personnes afin de déterminer leur efficacité. RIPS Main, un programme d’exercice, présente aux patients des exercices visant à améliorer la fonction et la mobilité de la main, problème largement associé à la maladie. Le programme d’autogestion comprend des modules en ligne pour aider les patients à faire face aux changements dans leur apparence et à gérer les symptômes de la maladie comme la douleur, la fatigue et le stress.

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *