Connexion : Faire le lien entre la population itinérante et les soins de santé

La travailleuse sociale Judith Sigouin (à droite) et l'infirmière de rue Myriam Kaszap de l'équipe Connexion ont reçu des foulards et des chapeaux colorés des Knitting Bees, un club créé par des employés du Service des Ressources financières. Tout au long de l'hiver, le duo a fait don des articles tricotés à leur clients.

Cet article sera présenté sous forme de série dans 360. Apprenez-en plus sur Connexion dans les prochains numéros de l’infolettre.

Connexion a vu le jour avec une travailleuse sociale, recrutée par le gouvernement fédéral pour étudier l’itinérance dans l’ouest de Montréal dans le cadre d’un projet de recherche.

Les résultats du projet ont brossé un portrait de l’itinérance loin de celui auquel on s’attendait, soit d’une population jeune établie dans le quartier Berri-UQAM. Il semblerait plutôt que la population itinérante se déplace, qu’elle est vieillissante, et qu’elle est principalement anglophone.

« Nous avons découvert que l’itinérance avait gagné en étendue », explique Judith Sigouin, travailleuse sociale pour Connexion depuis 2013.

Aujourd’hui, l’équipe Connexion est formée de deux travailleurs sociaux et d’une infirmière, qui foulent les rues de Montréal pour créer un lien avec les itinérants déconnectés des services offerts dans notre CIUSSS. L’initiative est offerte par le Programme de santé mentale et de toxicomanie du réseau.

Madame Sigouin et Myriam Kaszap, infirmière en itinérance depuis huit mois, parlent à 360 de ce programme unique coordonné par le CLSC Métro.

360 : Comment décririez-vous le profil de vos clients?

Connexion : Notre clientèle varie d’un quartier à l’autre. Au centre-ville, la population itinérante est principalement anglophone, quoiqu’il y ait aussi des francophones. On y voit beaucoup d’autochtones et de Canadiens d’ailleurs au pays.

Dans l’ouest, il y a autant de francophones que d’anglophones, ces derniers étant peut-être plus nombreux.

Côte-des-Neiges est un vaste quartier résidentiel, familial et multiculturel. Il y a de nouveaux arrivants et des Canadiens de deuxième génération. Ce n’est pas la même forme d’itinérance qu’au centre-ville. Elle est moins chronique et plus cachée.

360 : Quel territoire le programme couvre-t-il?

Connexion : Nous couvrons l’ouest du centre-ville, Parc-Extension et Côte-des-Neiges. Mais comme l’itinérance bouge, s’il y a quelqu’un qui a besoin de notre aide à Notre-Dame-de-Grâce ou à Cavendish, nous allons le voir.

360 : Vos clients doivent-ils avoir une carte d’assurance-maladie pour recevoir vos services?

Connexion : La moitié de nos clients n’ont pas de carte d’assurance-maladie. Soit elle est expirée, soit ils l’ont perdue.

Pour nous, cela ne fait pas de différence. Nous les voyons quand même. Mais voir un médecin, avoir des médicaments ou visiter un hôpital, c’est difficile sans carte. On leur prodiguera des soins urgents dans un Service d’urgence, mais ils recevront ensuite une facture.

360 : Offrez-vous des services qui ciblent des clients en particulier?

Connexion : Le mandat de Connexion, c’est de travailler avec une population qui n’est normalement pas connectée aux services du CIUSSS.  Même si ces personnes ont déjà eu accès aux services et aux programmes du réseau, elles passent parfois entre les mailles, vu la complexité de leur situation. Nous les rattrapons et les aidons à rétablir une connexion avec des services à plus long terme hors de l’itinérance, tels que les services à domicile, les ressources en santé mentale et les services d’un médecin.

Il y a des gens avec qui nous travaillons à plus court terme et que nous ne pouvons pas diriger vers les soins de santé, soit parce qu’ils sont passés à travers les mailles du filet ou en raison de lacunes des services. Vu son expertise, l’équipe Connexion peut s’occuper des personnes itinérantes ou marginalisées, ou qui ont basculé dans la toxicomanie ou la criminalité.

360 : Que voulez-vous dire par ces gens qui « passent à travers les mailles du filet »?

Connexion : Il y a divers types de profils. Par exemple, les services pour les personnes ayant des problèmes de toxicomanie sont limités dans le secteur. Et c’est très difficile pour les médecins de travailler avec les personnes âgées dans la rue, qui ont perdu leur autonomie et qui se déplacent tout le temps. Ce n’est pas leur mandat non plus.

Nous devons trouver une façon d’intervenir auprès des personnes qui sont isolées, sinon le syndrome de la porte tournante à l’hôpital les guette. Ces gens-là n’ont pas de carte d’assurance-maladie ni de médecin de famille. Vu leur style de vie, ils n’iront pas passer un examen médical régulier ou tout autre examen préventif. On les revoit plutôt trois ans plus tard avec un diabète qui n’est pas bien traité. Ou ils se retrouvent dans la rue puis aux soins intensifs.

Il y a plusieurs profils.

360 : Le programme a-t-il été élaboré d’après un certain modèle?

Connexion : Connexion a longtemps existé sous forme de projet. Les débuts n’ont pas été faciles, mais le service s’est bâti avec le temps. Il s’inspire peut-être d’autres programmes, mais il demeure très différent parce que la formation et la clientèle ne sont pas les mêmes. C’est la travailleuse sociale alors responsable du projet qui l’a structuré. Ce n’était pas une mince tâche, mais elle a pu faire preuve de créativité.  

Nous développons Connexion directement sur le terrain. Nous procédons par essais et erreurs. Nous voyons ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, et ce que nous devrions cesser ou continuer de faire. Cette façon de travailler non structurée est assez unique et efficace. Cela dit, nous voulons maintenant établir une certaine structure, qui laisserait quand même à l’intervenant son autonomie et qui préserverait notre façon de penser novatrice. 

360 : S’agit-il du seul programme de la sorte à Montréal?

Connexion : L’équipe Itinérance du CLSC des Faubourgs, qui a développé plusieurs programmes très solides, s’apparente notamment à Connexion. Mais nous ne travaillons pas de la même façon.  Comme son nom l’indique, le programme Connexion n’est pas autosuffisant. Nous connectons la population itinérante à des services médicaux et psychosociaux qui existent déjà. Nous définissons un plan d’intervention qui aidera la personne marginalisée à trouver sa place dans le CIUSSS, où elle sera toujours accompagnée et soutenue, et où elle aura accès aux services « normaux ».

360 : Où trouvez-vous vos clients?

Connexion : De plusieurs façons. Beaucoup nous trouvent par bouche-à-oreille, surtout ceux qui n’ont accès à aucun service. Bien entendu, notre travail de rue nous permet d’aller à la rencontre de clients.

Et nos partenaires communautaires nous recommandent des gens.

Le réseau dirige aussi des personnes vers nos services. Connexion n’offre officiellement pas de services aux personnes qui ont déjà un lien avec le système de santé – notre raison d’être étant de créer cette connexion –, mais la réalité est tout autre. L’itinérance ne devrait pas empêcher quelqu’un de recevoir des services. Une équipe de soins de santé devrait être capable de gérer le dossier d’un sans-abri.

Précisons que ce n’est pas un manque de volonté de la part du réseau. Les personnes à l’accueil psychosocial des hôpitaux n’ont pas les ressources pour aider cette population, qui est alors susceptible de passer à travers les mailles du filet. Les services de maintien à domicile feront tout pour qu’une personne ne perde pas son domicile, mais si elle se retrouve dans la rue, ils vont nous consulter pour trouver un hébergement de transition. Et les personnes ayant des problèmes de santé mentale ou de consommation, qui vivent dans la rue, qui sont nouvellement arrivées à Montréal et qui n’ont pas de carte d’assurance-maladie, à qui peuvent-elles être référées, sinon à nous?

Partenaires communautaires de Connexion

Chez Doris, refuge de jour

La Porte ouverte, centre de jour

YMCA Aide à l’itinérance, programme communautaire

PRISM, programme de réinsertion sociale pour les itinérants ayant des problèmes de santé mentale

Mission Bon Accueil, refuge et banque alimentaire

MultiCaf, cafétéria communautaire 

CACTUS Montréal, organisation communautaire

Mission Saint-Michael, organisme à but non lucratif

Suivi d’intensité variable (SIV), Services intégrés de dépistage et de prévention (SIDEP) et Services courants, toutes des équipes de première ligne du CIUSSS

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